Jeuner pour LUI

Jeuner Il était entre deux femmes. Il allait devoir faire un choix : je nous imaginais toutes les deux dans une vitrine, avec des étiquettes, et bien sûr je nous ai comparées. La première observation était évidente : LUI venait de passer d’un extrême à l’autre : d’une femme en vrai surpoids (j’avais pris tant de kilos toutes ces années) à une femme d’une très grande maigreur, voire anorexique.

Bizarrement, les deux extrêmes se regroupaient sur quelques points communs : nos deux excès étaient tous deux une certaine forme de maltraitance du corps, et nous manquions toutes les deux d’élégance vestimentaire, d’attention à notre apparence.

Une fois, je lui ai demandé : « tu la trouves belle ? ». Il m’a répondu qu’il ne s’était jamais posé la question.

Dès le jour de l’annonce, un samedi matin je crois, j’ai arrêté de me nourrir. Ce n’était pas un régime, c’était un jeûne, une maltraitance nouvelle.. Des légumes à la vapeur au restaurant, des cannettes de protéine liquide en remplacement des repas. Et des séances d’exercices sur des appareils d’entraînement cardiovasculaire.

C’était une protestation, c’était comme une grève de la faim pour dire mon opposition à ce qui se passait, pour lui demander d’arrêter de l’aimer ELLE, pour lui demander de m’aimer MOI.

C’était une preuve matérielle pour le convaincre que je tenais à LUI, que j’étais prête à souffrir pour lui et pour nous sauver. Je pouvais le faire. Alors qu’il m’avait reproché de me focaliser trop sur mon travail, et bien j’allais mettre tout mon focus exclusif sur LUI.

C’était pour le séduire, puisqu’il aimait une femme trop maigre, pour lui rappeler le passé, quand nous nous sommes connus, que j’étais plus mince et qu’il m’a aimée, comme si nous pouvions revenir à ce moment là.

C’était pour attiser sa jalousie, lui faire peur, le menacer : car j’allais être de nouveau belle et moi aussi je pourrais plaire à un autre homme.

C’était radical, extrême, violent : il me fallait un but pour canaliser cette énergie formidable dont je me sentais déborder et qui me faisait le harceler, l’énergie de la colère, l’adrénaline générée pour m’en sortir, trouver une résolution à la situation : le reconquérir ou trouver un autre homme.

C’était pour l’impressionner : lui qui me mettait au paillasson comme une nulle, j’allais lui montrer que je n’étais pas n’importe qui. J’allais faire un exploit, j’allais être la meilleure élève. J’allais forcer son admiration par ma volonté implacable, pour nous sauver, pour le garder, pour qu’il m’aime de nouveau.

A force de tyrannie et de restriction, j’ai perdu vingt kilos en trois mois, presque quatre tailles de vêtements. Je retrouvais le poids de mes 26 ans, celui d’avant mon premier enfant.

Je croyais a cette époque que je pouvais me battre et gagner, et pourtant je sentais bien que nous étions rentrés dans quelque chose d’inéluctable.

Avec le recul, je me dis que mes efforts de l’époque ont eu finalement pour effet principal, en ce qui nous concernait-nous, d’introduire une difficulté et une complexité supplémentaires. 

Car il a commencé à réagir, à me regarder, à suivre de loin l’évolution de mon corps. Je vais le chercher à la gare : il me regarde et me glisse qu’il me trouve jolie. Ce sont des moments de petites victoires, des petites éclipses entre deux moments où il ne pense encore qu’à s’échapper et être ailleurs.

Dans une dispute, il s’écrie : « Tu n’as jamais fait l’effort de maigrir pour moi, et maintenant que je te dis que je te quitte, tu perds 10 kilos en un mois. Mais.. Il ne m’a jamais dit qu’il me quittait, et voilà même maintenant qu’il s’en défend.

Et puis nous recommençons à faire l’amour, après six mois où il me tournait le dos en se couchant. C’est vrai que j’en ai envie, je l’attire vers moi, je l’appelle, je le désire de nouveau. Il n’est plus pour moi la présence évidente et routinière, il est devenu un homme séducteur et aventureux que je veux séduire et conquérir. Lui se laisse faire : est-ce parce qu’il n’ose pas me rejeter ? Ou parce qu’il est troublé par mon nouveau corps ? De mon côté, je commence à aimer mon corps de nouveau, et ma pudeur me laisse faire ce que souvent je lui refusais auparavant. 

Ces moments sont des petites victoires pour moi, comme si j’étais arrivée à lui arracher une partie de sa substance, comme si ce que je prends là on ne pourra plus jamais me l’enlever, comme quand on sait qu’on va mourir et qu’on essaye de profiter des quelques miettes restantes de vie.

Mais la réalité revient quand je le vois souffrir après : il pense à elle ? Il a l’impression de la tromper ? C’est comme s’il voulait préciser : « OK, on fait l’amour, mais je suis engagé avec une autre, et ne crois pas que c’est fini avec elle.

Plusieurs fois il dira que ce n’est pas parce que j’avais grossi qu’il m’a quittée. Et pourtant.. Une fois, je lui lis une phrase du livre zen qui dit : ‘on ne peut pas tout contrôler » : je me sens plus mûre, je commence à envisager le fait qu’il va partir, et voilà qu’il me dit : « mais non tu vois, tu as réussi à changer le cours des choses, en maigrissant.. » !!!

Cet ami commente le désarroi de LUI : « On prend la décision de quitter quelqu’un, et puis voilà que cette personne perd 20 kilos, alors tout à coup les paramètres changent, et çà met tout le plan initial en l’air, c’est très perturbant.

Perturbant pour LUI c’est vrai, mais au fonds, cela ne change rien à notre histoire, cela ne fait que rendre le départ plus compliqué.

Et MOI dans tout çà ? Et bien parfois je croise une glace et je me dis : « ah oui, c’est vrai, cette personne c’est moi maintenant, j’avais oublié, c’est à çà que je ressemble ».  Je suis une étrangère.

Mais tout le monde me regarde, avec un regard frais, étonné... Cela me fait tellement de bien. Le regard de LUI, celui qui me dit que je suis nulle, est remplacé par pleins de regards bienveillants des autres personnes autour de MOI. Un collègue de travail me dit : « Il y a quelque chose de changé…C’est quoi ? » Un autre : « On dirait que tu as vraiment rajeuni ».

Je flotte dans mes vêtements. Je vais chez le tailleur rue d’Artois pour les faire retoucher. Celui-ci,un émigré grec qui me raconte aussi ses déceptions amoureuses, renonce à réajuster une bonne moitié de ce que je lui apporte: je mets cela dans un grand sac et le dépose au secours catholique. Sur le reste, il fait ce qu’il peut, mais j’ai toujours l’air d’être dans un sac. Je ne sais où trouver de nouveaux vêtements, et m’accroche aux sources où je m’habillais avant : le catalogue de la Redoute où l’on trouve toutes les tailles, le magasin Marina Rinaldi pour femmes rondes où je peux encore leur première taille.

Et quand nous annonçons la séparation aux enfants, et que LUI, comme nous en avions convenu auparavant, donne comme raison de son départ « j’aime moins Maman », mon fils de dix ans qui pleure énervé se met à crier : « comment peux-tu dire çà, après tous les efforts que Maman a fait pour maigrir » !


Un nouveau mot: la fidelite?

Fidelite Dans la note "le choix des mots', il y avait "fidele" et "infidele". Des mots que je n'emploie pas. Ils me paraissent vieillots, suranes, convenus. Ils me rappellent la religion: un respect aveugle de regles arbitrairement la, privees de sens, separees de la vie. Car ce qui a du sens c'est aimer quelqu'un, partager avec lui, etre la pour lui.

La fidelite n'est pas un mot pour moi et pourtant je n'ai pas connu physiquement un autre homme pendant vingt ans, et je ne peux supporter la pensee de son corps en contact avec le corps nu de quelqu'un d'autre.

J'avais ete emue par d'autres hommes, plusieurs fois. Des hommes impossibles: des amis, des hommes rencontres au travail. Pourquoi impossibles? D'abord parce que jamais je n'ai ete sure la reciproque: cela etait en soi d'ailleurs une source inepuisable de questionnements, doutes, et emotions supplementaires....Mais aussi parce que je m'etais mise hors course, hors du jeu: j'etais avec LUI, et ma relation avec LUI etait intouchable. Parce qu'il aurait fallu mentir a LUI, toute relation avec un autre aurait ete moche, et aurait perdu tout son objet.

Ces hommes etaient des fantasmes: ils pimentaient mes relations sexuelles avec LUI, ils apportaient le romantisme, comme les videos erotiques font monter le desir. Parfois, ne supportant pas de lui cacher quelque chose, je lui avais confie l'attirance que je ressentais pour un de ces hommes: il avait ecoute d'un air amuse. Je crois qu'il n'y avait vu qu'une variante amusante de l'amitie, ou de la facination qu'on ressent pour quelqu'un que l'on admire.

Quand LUI  m'a dit qu'il etait amoureux d'ELLE, j'ai eu le sentiment de comprendre. N'etait-ce pas finalement ce que j'avais deja vecu moi? Mais alors, pourquoi eux avaient ils franchi le pas des relations sexuelles? Cela me semblait incomprehensible, inutile. Mais il dit que ce n'est pas pareil: dans mon cas a moi, ce n'etait pas reciproque....Non seulement il ne repondait pas a mon interrogation, mais voila qu'il saccageait aussi bien inutilement mes anciens fantasmes.

Je comprenais qu'il puisse avoir de l'emotion pour quelqu'un d'autre. Et bien sur je ne croyais pas a une regle qui l'obligerait a m'aimer. Je ne pouvais me concevoir proprietaire de LUI, je le pensais necessairement libre de m'aimer, de me choisir. Ce concept de fidelite n'avait pas de sens pour moi, tout comme le lien du mariage, ou de la morale.

Dire que je comprenais entierement son emotion pour ELLE est un peu faux. J'etais prete surtout a l'imaginer comme une attirance mineure, sans aucun rapport avec le lien fondamental entre LUI et moi. Et dire que j'etais prete...: LUI en contact avec son corps a ELLE, son sexe, ses secretions..cela me degoutait completement, ces images etaient tout bonnement insupportables.

Non, ce que je comprenais pas, c'est que cette histoire ne s'inserait nulle part dans mon schema de ma relation avec LUI. Cela attaquait mes structures de base, les fondamentaux de ce que je croyais depuis des annees sur LUI et MOI. Or je m'appuyais sur ces fondamentaux, j'en avais besoin pour vivre.

Pendant les mois qui ont suivi, j'ai tourne en rond la dessus: n'etait ce pas une erreur de ma part a moi d'avoir cru en cette relation "fusionnelle" de moi avec LUI. J'etais dans l'erreur d'avoir compte sur LUI: on est toujours seul.

Puis j'ai lu ce livre sur la fidelite qui m'a permis de remettre les choses en place. Ce sera l'objet de ma prochaine note.

Une histoire comme la mienne: "la femme de Gilles"

Femmes_de_gille

C'est une histoire comme la mienne. La femme est jouée par Emmanuelle Devos. ELLE n'est pas une amie, c'est bien pire: c'est sa jeune soeur, c'est son propre sang qui lui fait du mal. ELLE est jouée par Laura Smet.

Douleur du doute: periode que je n'ai pas vraiment connue. Elle sait. Et moi, je savais? Moi j'ai été lâche car j'ai nié, j'ai refusé l'idée.

Elle est tellement plus courageuse que je n'ai été.

Elle prend tout sur elle, comme si ses propres sentiments à elle n'existaient pas.  Moi je n'ai pas pris sur moi: j'ai dit ma douleur, je l'ai criée. Mais finalement, je n'ai pas l'impression que ma douleur avait le droit d'exister non plus: c'était plus un boulet, j'étais une empêcheuse de tourner en rond, il y avait même le risque que ma douleur...lui fasse du mal à ELLE?

Elle le voit souffrir de la passion qu'il porte à une autre. Comme ce malheureux soir où en pleurant sur le canapé, il m'a confié qu'il "l'avait perdue".  Cette expression qui m'a tournée dans la tête tant de fois, car c'était comme si moi ce ne serait pas un problème de me perdre.

La scène où elle dit à ELLE sa soeur qu'elle sait. Et ELLE lui crie et l'accuse avec un regard de haine: "Et tu n'aurais pas pu tenir ton mari?". !! Les bras vous en tombent, c'est presque le coup ultime, la négation de ses sentiments, de son droit de sentir, de souffrir. Elle n'a même plus le droit non plus d'être victime, d'être en colère, qu'on soit gênée vis à vis d'elle, qu'on lui demande pardon.

Jusqu'au moment où cela devient carrément trop lourd d'exister...

Mon Dieu comment ont-ils fait pour rendre tout cela si parfaitement?

Lien pour le Site officiel du film

LUI et MOI selon ELLE : ma rencontre avec ELLE peu de temps après qu’il m’ait dit pour eux.

Ange

Une de mes premières réactions, après qu’il m’aura dit pour EUX, fut le dégoût physique (je l’imaginais toute nue, toute maigre, dans toutes les positions, avec LUI, avec moi..). Et bien sûr la colère. En était-ce vraiment une pourtant, une vraie ? Car il y avait aussi, comme une peur panique : j’avais peur de la rencontrer dans la rue, je la voyais partout, je me cachais à l’école en accompagnant mon fils le matin.  LUI disait : « c’est ridicule . »

Il y a eu une question à régler à propos de nos deux enfants qui étaient amis. LUI voulait que j’appelle moi. C’était une erreur. Je l’ai fait.  Elle m’attendait à l’école, elle a voulu aller boire un café.

Bizarrement, elle pleurait, et moi pas.  Je devais me sentir forte face à elle, et pourtant, je venais encore me mettre à sa disposition, sous son contrôle, et je ne me suis pas du tout protégée encore. Et elle, voulait-elle me faire mal ? Elle pleurait de son inconfort à elle, elle pensait à elle. Elle ne pensait pas à moi, sinon j'imagine qu'elle aurait compris le mal qu'elle était en train de me faire. Ses petites phrases ont tourné dans ma tête depuis des milliers de fois, comme ces petits poignards volants chinois.

Elle a parlé avec cette assurance de la femme aimée : elle était la femme légitime. Mes 19 ans avec lui, notre maison, nos enfants, nos amis, nos souvenirs : j’étais maintenant une personne extérieure. Elle m’a dit que ce qu’il y avait entre moi et LUI, ce n’était plus de l’amour : elle a parlé de la relation d’affection entre elle et son ex-lui à elle, pour expliquer comment ce serait entre moi et lui désormais.  Je me rappelle avoir protesté que ce n’était pas vrai car je l’aimais : je me suis débattue dans les justifications comme on s’enfonce dans des sables mouvants. 

Je n’ai pas compris ce qu’elle voulait : pas qu’il parte,  car il serait "trop malheureux". Elle n'a pas parlé de son attachement à moi mais de son attachement à « sa maison »  (comme si moi j’étais un meuble dedans ?). Et pour preuve sur cet attachement: « j’en ai tellement souffert moi ». Comment pouvait-elle revendiquer cette souffrance comme légitime, elle que j'avais accueillie justement dans cette « maison » comme une amie, notre maison à nous, à lui, à moi, aux enfants?

Puis elle a dit que cela était arrivé parce qu’ils étaient « seuls » et qu’ils avaient eu « besoin de bras » (mais mes bras à moi n’étaient ils pas là pour lui ?). Qu’il fallait l’écouter, car il « commençait juste à pouvoir parler » (mais pourquoi ne m’avait il pas parlé avant, moi qui croyait que j'étais sa meilleure amie ?).

J’ai pris tout de plein fouet : c’étaient des rapports non protégés. C’était la continuation de nos rôles respectifs : elle était la personne qui savait comprendre, moi pas, je venais lui demander conseil. Ma faim de comprendre aussi : elle avait des infos sur LUI que je n’avais pas, car il ne parlait pas. L’humilité imposée : elle avait quelque chose que je n’avais pas, puisqu’il la préférait à moi.

Ma faute à moi allait au-delà de mon rapport avec LUI, car nous avons parlé de mon fils. "Il est en manque de toi". J'étais une femme ratée, et aussi une mère ratée.

Je lui en ai longtemps voulu de m’avoir fait tant de mal ce jour là : car dans ma tête j’ai pris toute la responsabilité. Mais je suis arrivée à la conclusion que sa manipulation était inconsciente : elle était tout bonnement une psychologue apprentie et amateur, elle était tout bonnement une incompétente, je l'avais complètement surestimée. On m’a dit aussi que décharger la responsabilité sur l’autre pour gérer sa culpabilité est un comportement banal, que çà a même  un nom en psychanalyse, et que c’est en effet inconscient. Mais je crois que je lui en veux toujours car elle savait que j’étais vulnérable : si elle avait vraiment été celle que je croyais, elle aurait été grand seigneur, elle aurait été assez forte pour m’épargner.

Pour moi, ce n’était que l’aboutissement de l’absence totale d’instinct de conservation dont j’avais fait preuve jusque là (voir note). Une amie qui a lu ma note m’a parlé des lionnes qui protègent leurs petits, leur foyer, à l’approche d’une menace. J’ai été une très mauvaise lionne.

A la fin, elle a parlé de leur amour, comme si c’était quelque chose de « surnaturel », qui leur était tombé sur la tête à tous les deux. Et puis, devant sentir la culpabilité devenir insupportable, elle a proposé de « disparaître », mais en ajoutant que comme cela « il ne pourrait plus la poursuivre et la trouver ». Et elle m’a fait tellement de mal en disant cela.

Je l’ai quittée en l’embrassant, et une heure après je l’ai appelée en la remerciant et en lui disant que j’allais mieux: je ne comprends toujours pas aujourd'hui comment j'ai pu ressentir cela, alors que cette conversation n’a cessé de me tourmenter depuis.

Mais il n'y avait pas eu le pire: LUI m’a appelé dans l’après-midi. Il était furieux. Elle ne voulait plus lui parler. Il parlait comme un fou, il était désespéré : « mais que lui as-tu dit ? ». Et moi de raconter, accusée comme une petite fille qui avait fait une faute, un trouble-fête dans leur relation. En position de me justifier...pour m'en être pris plein la tête. Ma peine n'avait pas d'importance, j'étais la chose nuisible.

Cela a du s’arranger rapidement. Car le lendemain il me laissait en plan pour partir passer la soirée avec elle. C’était le vrai commencement de « la vie avec ELLE » (voir note).

Une chanson de Françoise Hardy

Franoise_hardy_1 C'est un disque de Françoise Hardy que nous avions acheté aux Etats-Unis. Une compilation qui s'appelle "Love Songs".  Elles me touchent comme celles écrites par Barbara et par Veronique Sanson. Des chansons d'amour écrites par une femme.

Cete histoire n'est pas la mienne. LUI (je ne pense pas) ne courrait pas comme cela. Nous avons eu une crise. Mais cette chanson me touche de plusieurs manieres.

J'aime ce contraste: "même si l'amour vit des peines qu'on lui fait" au début, puis à la fin de la chanson "même si l'amour meurt des peines qu'on lui fait".  Car c'est ce que j'ai vécu des effets de la peine: elle fait qu'on sent encore plus l'amour au début. Et puis avec le temps, la lassitude, la peine détruit. A tel point que je ne peux plus le voir aujourd'hui.

J'aime "mais il ne voudrait surement pas lui faire de la peine": comment peut-on penser cela? quand on sait qu'on fait de la peine, en être désolé et dire que l'on ne voulait pas cela, mais continuer pourtant?

Même si ce n'est pas mon histoire, c'est l'histoire d'une femme que j'ai rencontrée. Plein d'infidélités, visibles, et puis des lavages de cerveau: comme si c'était anormal de le vouloir lui pour elle toute seule...

Voila quelques extraits des paroles de la chanson:  "Je n'aime pas ce qu'il dit". Les paroles sont de Françoise Hardy (1974). Trouver les paroles complètes

il dit qu'il tient à elle
mais qu'il n'est pas fidèle..
que les amours d'un jour
font la journée plus belle
et qu'elles rendent le corps

et le cœur plus léger..
il dit qu'il prend tout ce qui vient
il l'oublie mieux après

mais il ne voudrait sûrement pas
lui faire de la peine
même si l'amour vit des peines qu'on lui fait
même si l'amour vit des peines qu'on lui fait

il dit qu'il tient à elle
mais qu'il n'est pas fidèle

et qu'il n'est sûr de rien
sauf du passage du temps
que ses amours d'un jour
font sa journée plus belle
et qu'elles l'éloignent d'elle
tout en l'en rapprochant
il dit qu'il prend tout ce qui vient

il l'oublie mieux après
mais il ne voudrait sûrement pas
lui faire de la peine

même si l'amour meurt des peines qu'on lui fait
même si l'amour meurt des peines qu'on lui fait

ELLE ou MOI: la question de l'ultimatum

Ultimatum2 J’avais vu ce film de Noemie Lvovsky, "Les Sentiments". Quand un des personnages apprend que sa femme l’a trompé, il part fou de colère. Et elle le poursuit en le suppliant. Et elle pleure, lui demande de lui pardonner. Et quand le mari accepte enfin, et que l'amant désespèré demande à la voir, elle refuse, de peur de mettre en péril l’amorce de confiance retrouvée.

Quand il m’a annoncé pour ELLE, cela ne s’est pas passé comme çà. Je ne suis pas partie, je ne lui ai pas demandé de partir: au contraire, il me parlait, me confiait sa souffrance, je le retrouvais. Je devais penser que maintenant les choses s’arrangeraient, puisqu’il était LUI de nouveau. Je pensais qu’il allait la quitter ?

Je ne lui ai pas demande de partir.  Il n’a pas envisagé du tout je crois de la quitter.

La longue torture de la vie avec ELLE a commencé. L’horreur absolue.

Il y a ces moments où je le savais avec elle, et où j’ai pensé fermer la porte pour qu’il ne puisse pas rentrer. Je l'imaginais en train de tambouriner à la porte. Mais j’en étais incapable, je voulais qu’il rentre, qu’il soit là, à la maison. Et je ne saurais quoi dire aux enfants.

Nous étions en Juillet. Je me disais : cela doit être réglé avant la fin des vacances, je ne pourrai jamais tenir après. Mes amis me regardaient très perplexes : « mais tu sais il est très attaché à elle, cela va prendre du temps.. » Plusieurs mois ? Mais je ne pouvais plus dormir, plus travailler, plus penser à autre chose?? Voir note sur "ma vie avec ELLE"

Alors évidemment s’est posée la question de l’ultimatum.

Tellement tentant : c’est ELLE ou MOI. Car je n’avais aucun doute que ce serait moi.. il resterait pour les enfants.. Mais je savais aussi qu’il penserait à elle tout le temps.. je ne pourrai pas le supporter. Non, il ne serait pas vraiment là.

Il pouvait aussi partir.. oui, il partirait peut être.

Il y avait une amie a moi qui me racontait qu’elle avait dit çà à son LUI à elle. Il faut dire qu’il n’y était pas allé de main morte : il lui avait dit « je veux passer la semaine avec toi, et le week-end chez elle ». Elle avait refusé, il était parti. Elle n’avait aucun regret sur sa décision. Mais elle a dit aussi : « la douleur ne s’arrête pas parce qu’il part, je pleurais les nuits dans mon lit, et cela a duré un certain temps ».

Un psychiatre me confirme : une fois qu’on a forcé l’autre à partir, on peut regretter, et la peine est très forte, on se dit que c’est de sa faute à soi s’il est parti.

Ainsi donc l’ultimatum ne permettrait pas de mettre fin à la douleur.

J’ai pensé à ces nuits à venir, ces nuits ou je regretterais de l’avoir mis dehors, car je savais que s’il partait, il ne reviendrait jamais. Je me disais : « c’est lui qui doit porter la décision du départ, pas moi ». Je ne pourrai pas porter cela.

Le même psychiatre me dit : « vous ne pouvez pas manipuler les autres, par contre, vous pouvez vous donnez des échéances à vous, des ultimatums à vous. Vous pouvez vous dire : je supporterais la souffrance jusqu’à tel moment, et après je refuserai de la supporter ». Une vue rassurante ma foi : il y aurait une fin.

Je me suis dit que j’allais me fixer un ultimatum à moi. Le moment où je n’en pourrais plus (mais comment être sure ?) ? L’anniversaire de mes 40 ans (6 mois à venir ?). Je me souvenais de la grande fête que ma mère avait organisée pour ses 40 ans, deux ans après la mort de mon père. Cette fête avait marqué  la fin du deuil, le démarrage d’une nouvelle vie.

Je n’ai pas fixé d’ultimatum a LUI.

Je lui ai dit que la décision de partir devait être la sienne, qu’il n’avait pas le droit d’être lâche, de me pousser à la prendre moi, de la décharger sur moi. Il m’a dit qu’il le comprenait. C’était Septembre. Il est parti en Octobre.

La vie avec ELLE a pris fin : l’impression de respirer de nouveau, même si la peine était là encore très forte. Une nouvelle liberté : quelle prison que le regard quotidien de quelqu’un qui dit ne pas pouvoir vous aimer...

En Mars, j’ai fait une très grande fête pour mes 40 ans.

ELLE et MOI quand je ne savais pas pour EUX

Trahison 

Je connaissais ELLE . Je crois même que j’aimais ELLE, j’étais attachée à ELLE. Quand j’ai su pour eux, j’ai pensé qu’elle avait abusé de moi, m’avait trahie, s’était immiscée dans mon intimité et m’avait violée.  Cela a été d’une très grande violence pour moi.

Je suis très en colère contre elle : je ne peux parler d’elle sans m’énerver, j’ai du mal même à penser à elle.  Mais il faut que je commence.

Dans une conversation ultérieure avec lui, il m’a dit qu’il ne pensait pas qu’elle m’ait jamais, elle, considérée comme une amie. Cela a créé des doutes pour moi. J’aurais voulu prendre le téléphone et lui demander à elle: « mais, tu ne m’aimais pas ? ». Ma psy m’en a heureusement découragée : elle a dit que je ne pourrai jamais avoir la réponse a cette question, et pire encore, elle m’a fait comprendre le danger pour moi de lui donner le pouvoir de me répondre.

Dans cette note, j’ai décidé de me concentrer sur cela : ma relation avec elle comme je me la rappelle. Pas de commentaires, pas de réfexions,  je garderai cela pour plus tard.

Nous l’avions connue elle et son compagnon de 15 ans par l’école : mon garçon était ami avec sa fille.

Avec le recul, il est clair que ma relation avec elle n’était pas fondée sur des passions communes, comme avec la plupart de mes autres proches : le cinéma, les voyages, la photo, la décoration, la high-tech, le management, la politique, le féminisme. Seule exception : elle m’avait offert et fait découvrir une série BD qui m’avait touchée, de Marjane Satrapi.

Manque de temps pour les amis ? Facilité des contacts par l’école ?  Attirance de lui pour elle, de moi pour elle ? Toujours est-il qu’elle s’est retrouvée au centre de mon intimité :

-          Proche des miens.  Mon garçon (chez elle après école, vacances), ma mère avec qui elle était à la natation des enfants, et bien sûr LUI, en particulier quand j’étais en voyage,

-          Proche de moi : elle était l’amie que je voyais le plus (au moins un café par semaine, sport le samedi matin, déjeuner le samedi midi), et de loin a qui je parlais le plus.

Ce dont nous parlions, c’était de moi et des miens justement.

Elle  était attentive, elle m’écoutait, alors je crois que je lui parlais de moi comme si elle était ma deuxième psy. Je me sentais incompétente sur les relations humaines. Je l’écoutais me dire ce qu’elle comprenait.

Et puis, parce qu’elle était présente à des moments ou je n’étais pas là, je la considérais un peu comme l’ange gardien des miens. Elle me parlait du manque de confiance de mon fils et de ses progrès, lançait avec LUI des activités de création : c’était pas mon truc, mais cela pouvait amuser les enfants (pas sur que çà leur ai laisse un souvenir impérissable par ailleurs).

Disons que pour moi elle était la personne qui apportait le BIEN. Dans ma vie trépidante et compliquée, elle représentait le calme, le recul, la maturité. Une sorte de refuge. Un ange.

Est-ce que je savais finalement ? Etais-je aveugle ?

En fait, oui, je les aimais tous les deux, ils étaient assimilés au BIEN. Ils étaient dans mon « cercle de confiance ».

Les dernières semaines, il la regardait trop, il ne me regardait plus moi, alors j’ai commencé à être agacée de leur complicité. Mais j’étais surtout inquiète et impuissante de sentir qu’il ne pouvait plus me supporter : c’était une affaire entre moi et lui.

Une fois j’ai pensé à eux, (un regard ?),  je me suis dit non : ils exhibent leur complicité devant moi, nos enfants, et son compagnon à elle. Et puis c’était une sainte. Et puis, c’était mon frère.

Un jour je l’ai surpris sur le balcon : il y avait quelque chose d’intime dans la façon dont il lui parlait au téléphone. Le chagrin est monté, j’ai posé la question, il s’est énervé. Alors je l’ai cru.

Quand il m’a annoncé qu’ils couchaient ensemble depuis 6 mois il y avait quelque chose d’indécent : j’avais l’impression que c’était moi qui couchait maintenant avec elle, j’imaginais son corps nu à elle dans notre lit à la maison. Je ne comprenais pas pourquoi ils avaient éprouvé le besoin de faire évoluer une vraie belle relation d’amitié vers quelque chose comme çà.

En tout cas j’ai pris mon album photo et ai arraché les photos d’elle. Et j’ai pris la BD de Marjane Satrapi et je l’ai jetée à la poubelle. Et quand il m’a dit plus tard qu’il ne savait pas si elle m’avait jamais aimée moi, j’ai cherché une preuve du contraire et je lui ai dit que … elle m’avait offert une BD..

Martin Parr et les couples qui s'ennuient au restaurant

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Une grande exposition du photographe anglais Martin Parr est en train de se terminer en ce moment a la MEP (Maison Europeenne de la Photographie) à Paris (en savoir plus sur l'expo).  Cette photo est extraite de son livre publie chez Phaidon (voir plus bas). C'est une série sur les couples qui s'ennuient au restaurant.

Jacqueline de Romilly, qui elle même a beaucoup photographié avant de perdre la vue (elle photographiait des paysages je crois, la Montagne Sainte Victoire), a dit en parlant de la photo: "la photographie, je ne l'ai pas pratiquée pour garder le souvenir de ce que je voyais, mais plutôt pour m'aider a mieux voir"

Le week-end dernier,  nous étions ma grande petite fille et moi au restaurant du Stade Français, de passage pour un tournoi. Et voila que nous commençons a nous dire que tel couple à telle table ressemble a un couple qui s'ennuie de Martin Parr...et puis celui la, oh, encore celui la.. Et j'ai pensé que moi et LUI aussi on avait peut etre des dejeuners comme çà..? Oui sûrement et je ne me rendais même pas compte...

C'est beau le stade français, mais n'ai vraiment pas envie d'en faire partie.

Les photos de Martin Parr m'aident a mieux voir que ma vie sans LUI n'est pas si mal que çà.

Points de vue: ELLE vs. MOI selon LUI

Demon_de_midi_3

Extrait de la BD "le demon de midi" (voir recommandation)

Dans mon cas, c'etait a peu pres cela, presque mot pour mot (sauf qu'elle n'est pas jeune...).

La fragilite revenait regulierement..

"Elle ne gagne pas assez d'argent..elle va meme devoir peut etre travailler a plein temps.. "

moi çà fait 20 ans..j'avais oublie, pas de probleme.... car je suis forte

"Ses enfants c'est toute sa vie.."

moi je me suis investie dans mon metier qui etait important pour moi, donc mes enfants....n'etaient du coup...pas important pour moi..!

"Elle ne m'a jamais rien demande"..

???,..pas mal

"..je t'interdis de lui parler...elle a eu un malaise, elle essaie de survivre..."

je rajoute que.. quand elle vient me dire comme tout est de ma faute a moi au milieu de ma depression, c'est a elle que çà fait du mal..et pas a moi, parce que je suis forte?

"..ce serait tellement injuste pour elle que tout aille bien de nouveau entre nous..."

mais par contre c'est juste que tout aille bien entre eux? parce ce que je suis forte? parce que, tout etait de ma faute a moi ...

Quand je repense a toutes ces choses qu'il a dites je me pose des questions aujourd'hui. La première réflexion c'est clairement un manque de tact: comment lui qui était si fin et si attentif pouvait-il devenir aussi caricatural, aussi manicheen, grossier, et me respecter si peu.

Enfin comment pouvait-il me comprendre si peu? Car j'étais là à coeur ouvert, je ne me sentais plus aimée, je n'existais plus, j'étais pour la première fois depuis 20 ans sans lui mon meilleur ami, je ne dormais plus, ne mangeais plus, ne travaillais plus... et il était en train de me dire que je ne souffrais pas, que ma souffrance n'avait pas d'importance, qu'il ne croyait pas que je souffrais? Une incompréhension complète. J'étais dans un autre monde, un monde parallèle ou plus rien ne fonctionnait normalement.

Peut-elle ce qu'il aurait voulu dire maintenant, s'il avait trouve les bons mots, c'est qu'il pensait que j'étais plus courageuse. Il aurait eu raison alors.

La ou il se trompait, c'est que avoir du courage ne dispense pas de la douleur et de la souffrance. Comme si les gens qui ont vecu l'horreur absolue, le genocide, peuvent être "accusés" de n'avoir pas souffert parce qu'ils étaient capables de s'en sortir.

Ce qui etait et reste clair aujourd'hui, c'est que son attention était sur elle, et que j'etais comme une empecheuse de tourner en rond, quelqu'un qui pouvait etre un danger pour elle. Je n'existais pas autrement que comme cela et je le sentais bien. Et cela, çà voulait, et çà veut bien dire que c'est fini de son côté. C'est la preuve qu'il faut que je "let go"...et tourne le dos a cette relation qui n'est pas, qui n'est plus, bonne pour moi.

La souffrance avant separation: quand la vie avec LUI devient aussi la vie avec ELLE

Figure Un des themes que je voudrais aborder dans une prochaine note est la question de l'ultimatum (lui dire "maintenant tu choisis c'est elle ou c'est moi") car cela a ete une vraie question pour moi.

L'ultimatum est une question terrible, car le seul moyen qu'on voit pour sortir de cette periode de souffrance si forte qu'a ete ce que j'appellerais la vie avec ELLE. C'est la vie apres qu'il m'ait annonce qu'il etait amoureux d'elle, et apres que j'ai compris  (mais cela n'aura pris que quelques minutes..) qu'il n'avait aucune intention de la quitter.

Quand je repense a ces moments... je sens mon coeur se glacer. Des moments terribles,...Il est la comme avant, mais il n'est plus LUI, et il n'est plus seul, elle fait partie maintenant de notre vie. Et je sens sa presence, elle est legitimement la, parce qu'il l'aime lui. C'est comme si il l'avait amenee elle vivre ici avec lui. Ce n'est pas seulement lui qui est avec elle, c'est moi aussi.

Je le vois malheureux sans elle. Il a le regard triste et vague, l’expression d’un enfant battu : elle lui manque…

Elle est tout le temps présente, et pas seulement dans sa tête à lui, ou dans ma tête à moi. Car elle peut lui envoyer des SMS. Elle peut s’inviter et faire irruption dans n’importe quel moment d’intimité : tiens pour une fois, il y a un moment d’accalmie, on arrive à parler, on se retrouve un peu dans quelques mots, et puis tout à coup il se met à vibrer, et a un air tout embarrassé. Tout à coup ce qui compte c’est de pouvoir partir et s’isoler pour lire le message. 

Oui parfois il me désire moi et puis…, et.. c’est bien, mais après il prend un air tout penaud, comme s’il se sentait coupable vis à vis d’elle, comme si c’était elle qu’il trompait avec moi, et non pas moi avec elle.  Alors le moment qu’on vient de passer ensemble devient tout sale. J’ai l’impression d’étouffer, j’ai le cœur qui hurle et qui fait mal.

On a l’impression qu’il est en prison, que d’etre avec moi l’empeche d’etre avec elle. Il cherche comment s’echapper. Il dit qu’il va au Luxembourg marcher, et puis il part dans la direction opposee en sortant de la maison (etait-ce une bonne idee de regarder par la fenetre ?). Il dit qu’il va boire un cafe (et me rejoindra la-bas), et il tourne au coin (etait ce une bonne idee pour moi de regarder derriere le coin ?): il a deja le telephone portable a l’oreille. Mais qui sommes nous devenus: lui qui ment? moi qui espionne? J'ai honte pour lui, j'ai honte de moi.

Dans la vie avec elle je ne me reconnais pas non plus.

Enfin il y a les moments ou il parle d'elle (peut etre est ce moi qui l'ai cherche, je l'ai questionne, j'ai cherche a comprendre)...non, je ne vais pas les rememorer maintenant.

Tout cela pour dire que naturellement venait la question de l'ultimatum, ou tout au moins de la fin de cette souffrance-là.

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