« juin 2007 | Accueil

Lecture: La première épouse, de Françoise Chandernagor

La_premiere_epouse Je vais devenir la spécialiste des lectures sur les femmes quittées..non, je ne lis pas que cela.

Quelle histoire différente de la mienne que celle de cette femme Catherine qui a toujours été trompée et a vécu avec cela pendant trente ans. Je ne peux m'empêcher de penser: quelle différence alors, est ce que cela n'a pas été une souffrance continue? N'est elle pas finalement soulagée?

Non, elle souffre. Elle était habituée, le contrat avait toujours été clair. Elle aimait le côté séducteur en lui. Elle aimait être la préférée. Elle fermait les yeux, elle ne cherchait pas d'ailleurs à savoir. Il lui racontait. Elle se sentait à part. Quatre enfants, une écrivain célèbre et reconnue, trente ans.

Et pourtant, il lui dit: "tu ne me regardais plus Catherine".

Il est tombé amoureux d'un regard amoureux sur lui.

Quelques réflexions fortes de ce livre que je note. Il faudra que j'y réfléchisse et que j'y revienne:

- "on prétend que la jalousie naît toujours avec l'amour, mais ne meurt pas avec lui". Non pour moi elle n'est pas née avec l'amour, car je ne pouvais imaginer un amour avec la trahison. J'étais dans mon cocon dans mon déni. Mais cette jalousie tellement forte qui est venue avec ces événments incongrus par leur nouveauté et leur violence, était-elle liée à mon amour pour lui? Je ne pouvais les imaginer ensemble, je ne pouvais supporter de le savoir avec ELLE.  Aujourd'hui encore cela m'étouffe quand je l'apprends par accident. Oui, la jalousie ne meurt pas avec l'amour.

- "le ressentiment a son revers encore plus honteux: l'espoir". Combien de temps ai-je continué à espérer? Est-ce que j'espère encore? Je pensais que le divorce pourrait clore tout cela et mettrait fin à l'espérance. Et pourtant, je ne me sens pas indifférente. Quand je sais que je vais le voir, je me maquille. Dans mes exploits, mes voyages aventureux, n'y a t-il toujours pas une part en moi qui cherche encore à l'éblouir? Est-ce pour qu'il m'aime ou qu'il me regrette? Aujourd'hui je me raccroche au divorce: je n'ai pas fait toute cette procédure pour rien, tout ce chemin, ces efforts pour l'éliminer. D'ailleurs qu'est ce qui a changé? Rien. A ma connaissance, il lui court toujours après. Alors je me raccroche à elle comme à un alibi.

"mon livre, surtout si elle ne le lit pas, sera dans sa vie ce qu'elle même fut dans la mienne: une présence invisible mais partout sensible, un poison dans l'air qu'elle respire". C'est ce qu'elle était oui, présente dans ses pensées à lui, présente par ses SMS. Je voudrais empoisonner son air mais non par mes mots ou mes écrits, mais par ses regrets à lui de sa vie d'avant. Car il peut le dire aujourd'hui, il y a des choses qui lui manquent. Je ne le laisse pas parler. Je ne veux pas le savoir. J'ai peur de quoi? J'ai peur qu'il ne parle pas de moi mais des choses, de l'appartement, des enfants, de nos amis, de nos voyages. Quand elle m'avait parlé elle avait dit qu'elle avait souffert de son "attachement à sa maison". Elle n'avait pas parlé de moi, elle avait nié mon existence,  m'avait ravalée au rang d'élément d'un grand ensemble, sans valeur propre. A quoi bon le laisser parler, puisque la seule chose que je voudrais l'entendre dire il ne peut pas la dire. Je préfère imaginer qu'il le pense, et alors je me dis qu'il ressent la perte. Et alors j'existe, et alors c'est "ma présence à moi qui est partout sensible, et qui est un poison pour elle".

  -  "aujourd'hui encore je me demande à quel moment précis nos routes se sont séparées, quel croisement j'ai manqué"...La première fois qu'il la rencontrée, ce week-end en Bretagne tous les quatre avec les enfants, quand ils sont devenus amants....il y a eu un moment où il s'est passé une étape irréversible..."mais je veux, moi, pouvoir quelque chose! Je préfère me sentir coupable qu'impuissante". Moi aussi j'ai pris toute la responsabilité, parce que je me pensais capable de tout, mais c'était aussi leur nier leur liberté à eux, c'était oublier qu'il y a des choses qui se passent en dehors de nous

- "l'homme de ma vie ne sera pas l'homme de ma vieillesse"...J'avais peur que la mort nous sépare, parfois je serrais son corps pour en profiter, pour bien le sentir réel et vivant. Autre chose nous a séparé. Je voyais notre vie en construction, nous apprendrions ensemble, nous aurions un chemin de vie et de découverte, nous en parlerions plus tard "çà ne te fait pas penser à cela"?  Cela c'était ma vie, mais ne sera pas ma vieillesse. Est-ce que cela me fait peur? Je me dis pour me rassurer, qu'après tout, comme certains déjà autour de moi, je n'aurai sûrement pas de vieillesse.

- "je ne puis aimer celui qui engage sa vie à une femme aussi vulgaire de corps et d'esprit"...Elle a trouvé des lettres que cette femme avait écrites à son mari, et avais trouvé des fautes d'orthographes. Elle l'écrivain célèbre est quittée pour une femme qui ne sait pas écrire. Oui, une histoire de Reine. Oui, son amour pour ELLE, qui avait attisé mon amour pour lui au tout début (car c'était la preuve qu'il existait finalement, il y avait quelque chose d'autre que je n'avais pas vu en lui) a fini par m'éloigner de lui. S'il peut l'aimer elle, alors il n'est pas pour moi.  Elle l'écrivain célèbre, mérite quelqu"un qui sait l'aprécier.

"je lui pardonnais ses fredaines, il me pardonnait mes succès..." Il la fait pleurer, il l'a fait payer..le fait qu'elle ait eu une vie à elle, le fait que c'est elle qu'on reconnait dans la rue....et LUI aussi m'a fait payer, en laissant l'appartement sens dessus dessous quand je rentrais tard, en me laissant ses notes à payer et ses affaires à ranger...quand, après m'avoir reproché mon manque de fragilité, il m'attaque et attend de moi que je sois forte. Oui j'ai racheté sa part d'appartement, et n'était ce pas ce qu'il attendait de moi, comment aurait il réagi si nous avions du mettre Versailles en vente et le céder à des inconnus?

Me perdre

J'étais rentrée tôt à la maison, et le trouvai prostré sur le canapé. Il me regarde affolé et me dit: "j'ai perdu ELLE", comme s'il me demandait de compatir à sa douleur.

Et en ce moment là j'ai pensé, oui, peut-être qu'elle ne veut plus de LUI, peut être que cette histoire est vraiment finie. Mais je n'étais pas apaisée: ce n'était pas fini pour LUI en tous cas.

Mais surtout, j'ai pensé qu'il ne me regardait sûrement pas comme pouvant être perdue par LUI. Je n'étais pas perdable. Je n'étais pas un bien précieux.

Je ne me suis jamais sentie aussi transparente.

C'est peut être sûrement ce jour là où j'ai commencé à baisser les bras, ce jour là où j'ai commencé à me dire que peut être que je me sentirais mieux s'il partait en effet.

Avant je me battais pour le reconquérir ou pour qu'il m'aime. Après, j'ai commencé à voir un autre combat possible: me battre pour qu'il me perde, ou, plus précisément, pour qu'il sente la perte. Parce que si il commençait à sentir la perte, alors cela voulait dire que j'existerais.

Bizarrement je cesse d'avoir envie de LUI. Nous sommes dans le même lit, mais je n'ai plus ce désir que j'avais de nouveau ressenti dans la peur de son départ. Il dit que son appartement est prêt mais il ne part pas tout de suite, comme s'il avait besoin de temps. La nuit, il se serre contre moi. Il annonce que c'est pour mercredi. Il a prévu une derrière soirée ensemble. J'invite des amis. Il ne comprend pas, et il part avant le dîner.

Je sens qu'il a envie de m'appeler, de me parler. Mais pour qu'il me perde il ne doit plus pouvoir me parler. Il voudrait pouvoir venir quand il veut dîner avec nous. Mais ce n'est plus possible. Parfois je me laisse aller et je lui parle: je me me laisse prendre par la tentation de cette oreille attentive. Qui d'autre que lui peut comprendre cet incident avec ma famille, ou comme j'ai aimé ce photographe, ou avoir cette conversation sur un ami commun, ou, tout simplement, sur nos enfants. C'est comme un robinet qui ne demande qu'à s'ouvrir, et que je referme aussitôt. Ce robinet est dangereux pour moi. Et pour lui, il n'y a plus droit. C'est ma résolution, je m'y tiendrai, je serai forte, car c'est à cette condition que je peux exister à ses yeux.

Je le vois guetter mes désarrois, comme s'il attendait ce moment où j'aurais besoin de lui, ou je l'appellerais pour lui demander un service. Est-ce de l'orgueil de sa part? Car il continue à courir après ELLE et ne s'en cache plus. Il l'explique en disant que lui-même ne comprend pas, mais qu'il ne peut pas s'en empêcher. Il me parle comme à une amie, mais je ne veux pas être son amie. Je suis une ancienne amante, et ma dignité c'est justement que nous sommes fachés.

Deux ans plus tard, une de mes amies qui vient d'être quittée par son mari prend un café avec LUI. Elle lui dit comme elle souffre d'avoir perdu en la personne de son mari non seulement un amant mais surtout son meilleur ami.  Il parle de moi, il dit que je ne veux plus le voir, que apparemment cela ne m'a pas côuté de perdre mon meilleur ami à moi. Il ne comprend pas comment j'ai pu le sortir de ma vie comme cela. Elle lui dit qu'elle comprend que je ne lui pardonnerai jamais, comme elle ne pardonnera jamais à son mari de l'avoir trahie.

Ainsi donc il ressent bien qu'il m'a perdue. Je pouvais être perdue moi aussi, ou bien il n'y croit toujours pas..il se dit qu'il gagnera au final.

Il dit qu'il ne comprend pas: c'est qu'il ne mesure pas l'effort que j'ai du faire. Il ne se rend pas encore bien compte de ma force, et combien je lutterai pour qu'il s'avoue vaincu, pour qu'il avoue enfin qu'il m'a perdue

Alors je retrouverai ma dignité.

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