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Mon Versailles à MOI

Versailles J'ai nettoyé l'appartement cette semaine: j'ai vidé les placards. Je le trouve tellement beau. Il est tout ce que j'aime et j'ai toujours voulu: un immeuble ancien plein de charme, dans ce quartier de Paris que j'aime tant. C'est mon quartier préféré. Animé. Le centre de tout. Il est au 5eme, en plein soleil, ces grandes pièces, les meubles que j'ai choisis. Chaque meuble, chaque bibelot, j'y ai longtemps réfléchi.

Cet appartement pour moi, c'est le Versailles décrit dans le film de Sofia Coppola. 

Quand je suis dedans, je me sens comme Marie-Antoinette, comme si j'étais dans un chateau magique, un endroit parfait. J'en profite indûment: je ne paye pas de loyer à LUI sur sa part. J'en profite provisoirement: aurais-je les moyens de racheter sa part, pourrais-je garder Versailles. Ou plutot, quels sacrifices devrai-je faire pour garder Versailles? (arreter les voyages par exemple?).

Quand LUI était encore là, l'appartement était devenu insupportable.  Je me souviens que la femme de ménage avait beau passer, quand je rentrais, tout était déjà sans dessus dessous. Les restes du dîner étaient dans la cuisine, les affaires des enfants trainaient dans le salon. J'avais dit à LUI que j'aimerais qu'il range le dîner: cela l'avait mis hors de LUI. Déjà je rentrais tard, il devait s'occuper seul des enfants, et en plus je critiquais. Une fois, je m'étais même mise à pleurer en rentrant, et il s'était tellement énervé, qu'il avait disparu jusqu'à deux heures du matin. Je n'arrivais pas à le joindre sur son portable, j'étais inquiète. Il m'a dit après qu'il était allé dans un bar, mais sûrement il avait du aller la rejoindre ELLE.  Lui ne supportait pas non plus que je fasse des remontrances aux enfants: comment pouvais-je leur faire des remontrances à eux, exiger d'eux qu'ils desservent la table?

Ce que cela voulait dire, c'est que c'était bien sur à moi qui rentrait, apres ma journée passée au bureau, de ranger ce qu'ils avaient dérangé eux. Je devais bien sur aussi ranger ce que j'avais fait moi: et j'avais mon fort moi aussi, les papiers, les magazines... Mais j'étais responsable aussi de ce qu'ils faisaient eux. Il mange un yaourt, il laisse le yaourt fini sur la table: l'emballage ne va pas à la poubelle, la petite cuiller ne va pas dans la machine à laver. Car il y aura MOI qui passera derrière. Est-ce un moyen de me faire payer l'absence de la journée?

Je me suis demandée pourquoi je détestais rentrer le soir dans mon Versailles sali, pourquoi je faisais parfois exprès de rentrer tard. Ma psy m'a dit que c'est parce que je ne me sentais pas acueillie là-bas. Je me sentais intruse, je savais que je ne trouverais pas la bonne humeur. Un sourire pour m'accueillir, la joie de me savoir rentrée. Après les embouteillages, la recherche d'une place pour me garer, il fallait que je me détende. Alors j'essayais de prendre un journal et lire sur le canape, ou j'allais vider le frigo, debout, de manière boulimique. Tout cela mettait LUI encore plus hors de lui.

Dans les dernieres semaines, j'essayais de rentrer tot, et c'était pour trouver LUI attere sur le canapé, tellement mal. En ces moments là, je l'exaspèrais. Il ne me supportait pas à la maison, il avait l'impression que je l'étouffais. Je n'étais pas la bonne personne.

On aurait pu penser que j'allais détester cet appartement après que LUI soit parti. N'avait il pas été notre enfer? Bizarrement, je me suis attaché à lui encore plus. C'était mon refuge. J'allais me le réapproprier.

J'ai d'abord tout de suite changé le lit. Ce lit ou il m'avait annoncé qu'il était amoureux d' ELLE, où nous avions passés des nuits à discuter, ou je n'arrivais pas à dormir, ou je l'avais attendu quand je le savais avec elle.  Il n'était plus le lit glorieux que nous avions acheté aux US, ou nous avions conçu notre fils, ou nous avions fait l'amour tant de fois. Il était devenu un vieux lit décrépi et mité. Il est parti à la poubelle. Quand ils l'ont emmené, j'ai vu que le dessous était en simple carton. Nous l'avions payé 200 dollars à l'époque.

Je suis allée chez Conran Shop et j'ai achété un grand lit anglais fait main. 1400 ressors. Il prend toute la chambre. Il y a 2 couettes, 4 oreillers, des draps Calvin Klein. J'ai vide le reste de la chambre de son bordel. Elle est devenue zen. Elle est devenue une chambre zen, avec un lit de reine.

Le salon aussi. Des draps en métis recouvrent maintenant le canapé, avec de beaux coussins. Et il y a un grand ecran plasma, et des enceintes fabuleuses a la chaine hifi.

Et la cuisine, avec le nouveau frigo, le nouveau micro-ondes, la machine à expresso...

C'est Versailles. C'est chez moi. Versailles ce week-end était brillant resplendissant. Quand Versailles est beau comme çà on fait attention religieusement à tout ranger, car on a l'impression que ce qu'on peut laisser va alterer ce tableau manifique, cette impression de paix.

Aujourd'hui LUI m'a appelé sur le partage. Il veut que je lui paye un loyer d'occupation à partir du jour où il est parti. Ce jour où il a dit que c'était fini avec ELLE, et qu'il devait s'isoler pour réfléchir. Il partait de manière provisoire...

Il m'a parlé comme si j'étais coupable, coupable d'avoir vécu dans cet appartement qu'il a décidé de quitter, coupable du fait qu'il doive payer un loyer. Il a parlé comme s'il était une victime de la vie dure. Il a aussi parlé du mode de calcul à utiliser, pour savoir combien je dois lui verser pour sa part de Versailles.

Mon dieu j'espere que personne ne pourra jamais toucher à Versailles. Versailles c'est chez MOI.

Parler avec LUI- maintenant

Talk Cela fait bientôt deux ans que la vie sans LUI a commencé, et c’est seulement maintenant qu’il a ces moments ou je retrouve un peu l’ombre de celui qu’il était avant tout cela. Il cherche à me parler. C’est dans un restaurant où il m’invite à déjeuner, un café où il m’invite à prendre un verre. Je ne veux pas y aller : j’ai peur d’entendre des horreurs, j’ai peur de lui dire des horreurs. Je le sens très nerveux. Il insiste. Il dit que me parler va lui faire du bien.

Il parle calmement : il veut partager avec moi des choses nouvelles qu’il a comprises sur NOUS avant : pourquoi çà n’allait plus, pourquoi çà s’est dégradé.

Amusant : moi je réfléchis à la vie sans LUI, et je n’arrive pas à aborder le sujet de NOUS avant, comme si je voulais encore nous protéger, comme si nous étions précieux et sacrés. Lui, il réfléchit sur NOUS avant, et c’est la vie avec ELLE, la vie sans MOI dont il n’arrive pas à parler.

Je l’écoute. Il me parle de LUI, et peu de MOI. Il ne m’accuse plus. Il parle avec maturité, comme quand il parlait avant, quand il parlait avec calme, avec détachement, sans juger. Je le retrouve, même si je me rends compte qu’il est encore mal, et si je sais comme ce dialogue est fragile.

Je ne peux pas lui répondre, j’ai du mal à réfléchir à cette époque.

Dois-je me poser la question de ce que nous aurions du faire pour nous sauver ? J’ai peur des regrets, et puis, cela mènerait à quoi ?

Dois-je au contraire me convaincre que cette vie avec LUI n’était plus la bonne pour MOI ? C’est ce dont j’ai besoin maintenant pour avancer. Mais je ne peux pas en parler avec LUI : cela pourrait lui faire mal et ternir ces souvenirs que je voudrais garder sacrés, ou bien pire encore, il pourrait me convaincre que cette interprétation est fausse, et faire effondrer ces châteaux de cartes fragiles que je me suis construits pour arriver à penser négatif la vie avec LUI.

Pourquoi ce décalage ? Lequel est le plus mûr des deux ? Nous sommes tous les deux en convalescence.

Mais lui essaie de guérir de m’avoir quittée : il essaie de comprendre ce qui n’allait pas, de s’assurer que c’était la bonne décision, de reconstituer ce qui, entre nous, l’a amené à cela. Il essaie aussi de m’expliquer pourquoi il nous a détruits, comme s’il voulait que je comprenne, et que je ne lui en veuille pas trop. Il me demande encore pardon. Il a besoin que je l’écoute parler de çà.

Moi bizarrement je n’ai pas besoin de parler de çà, car ce qui compte pour moi c’est de finaliser son départ, c’est d’accepter qu’il est bien parti. Le voir physiquement me trouble encore : son corps qui est là près de moi je le connais tellement bien, j’ai tellement touché sa peau, je me suis tellement blottie contre lui, je connais sa chaleur, son odeur. C’était ma maison, mon refuge. Et maintenant je dois bien comprendre que ce corps est étranger, que je ne dois à aucun prix le toucher. C’est comme un devoir de protection sanitaire.

J’ai besoin qu’il me parle d’ELLE, et de LUI avec ELLE. Pour la première fois, il le fait.

Il me dit qu’ELLE ne m’aimait pas. Il me dit aussi qu’en fait ce qu’il voulait c’était bien refaire sa vie avec ELLE. Et tout à coup les choses s'éclairent, comme quand on trouve la solution à un mystère et je me dis : s’il m’avait dit tout cela avant, cela m’aurait tellement aidé…..

Un livre qui me comprend: "la fidelite ou l'amour a vif", de Michela Marzano.

Fildelite_ou_amour_a_vif Ce livre est court, clair et formidable. Comme ma psy m'a donne le droit d'etre en colere,  ce livre m'a donne le droit d'etre jalouse. Il explique clairement ce que j'attendais confusement de LUI. C'est comme si on me comprenait, qu'on me disait que je suis normale, et que c'etait legitime apres tout que j'ai ete si decue et enervee.

Il explique d'abord que tous les "etres humains aspirent a vivre dans un monde sur et stable". Ils "souhaitent a peu pres tous pouvoir compter sur les autres". Cette recherche de confiance explique en particulier qu'ils se passent des contrats entre eux en affaires par exemple.

Ouf, j'ai une base normale: ce n'est pas un manque de maturite, ni une volonte malsaine de controle et de possession, ni necessairement un fantasme fusionnel. C'est une simple recherche de calme, de stabilite: des points de repere. Cela concerne toutes les relations: celles du travail, l'amitie, et l'amour.

Compter sur l'autre c'est "rechercher une forme d''authenticite", c'est "creer un espace commun de partage". L'auteur dit meme: ""etre au contact avec soi et etre en relation avec l'autre".  J'aime le mot d'authenticite car il ne signifie pas transparence: on n'a pas a se mettre a nu, mais on est tout simplement vraiment la.  J'aime l'idee de l'espace commun de partage: raconter un moment vecu, une idee nouvelle, en explorer les facettes a deux, appeler des associations qui nous viennent de souvenirs communs. Oui, on est en contact avec soi dans cette relation avec l'autre.

"un rapport qui se développe et évolue à partir de la certitude que c'est avec l'autre que l'on cherche à traverser son propre manque..". Quelle belle definition de l'amour. Ce manque, mon propre manque, c'est ce que je ressens aujourd'hui alors que maintenant je vais normalement bien. Maintenant tout cela est fini et pourtant je ressens ce manque.

Le livre parle de la trahison. Il dit que le mot vient de "tradere" qui veut dire "livrer, abandonner". C'est bien cela, il m'a livrée à elle. Il n'était plus là pour moi au moment ou je traversais une des souffrances les plus intenses de ma vie.  Le livre que pour qu'il y est trahison il faut qu'il y ait un rapport de confiance. C'était mon compagnon, c'était notre contrat, je lui accordais ma confiance. C'était à lui de me prévenir que le contrat n'était plus valide. Le contrat aurait été cassé, j'en aurais souffert, mais je n'aurais pas été trahie. Et lui aurait ete fidele a ce que nous avons ete.

"Les sentiments et attitudes de quelqu'un vis a vis d'un autre peuvent changer, sans que ce changement n'engendre nécessairement la trahison ou encore le mensonge" Cela veut dire que c'était légitime qu'il parte. Je n'ai pas à lui faire la morale parce que finalement il ne voulait plus rester. Par contre je peux lui en vouloir de la façon dont nous nous sommes séparés. Je peux lui en vouloir de m'avoir menti, d'avoir laissé violer notre espace protégé, notre espace de confiance. Je peux lui en vouloir de m'avoir "livrée".

Elle pose alors cette question de l'exclusivité: a-t-on le droit d'exiger cela? N'est ce pas  un "modèle de patriarcat du couple qui réduit l'autre à un objet de possession"? Je me souviens d'un ami qui m'avait corrigée, après que j'ai dit "elle m'a pris mon mec": "il n'est pas à toi". Non, dit-elle: "vouloir être l'amour unique de son compagnon ou de sa compagne, ne signifie pas être celui ou celle qui le comble complètement". L'amour c'est ce "quelque chose de particulier qu'on n'a pas forcément envie de partager avec d'autres". C'était normal de le vouloir pour moi seule. Je n'étais ni égoiste ni horriblement exigeante. C'était un espace magnifique, est espace protégé, inaccessible à d'autres, un espace qu'elle est venue polluer.

Elle parle de cette souffrance de la jalousie: "joindre l'image de la chose aimée aux partie honteuses et aux sécrétions de l'autre". Mon dieu, a-t-elle vécu cela, c'est exactement cela. L'image dégoutante qui me déchirait les nuits ou je le savais aupres d'elle, j'avais l'impression que c'était moi qui était nue contre elle. Les secrétions, son odeur à elle, ses fluides, c'est cela, le dégout complet.

J'avais le droit de ressentir tout cela.

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