Lecture: La première épouse, de Françoise Chandernagor

La_premiere_epouse Je vais devenir la spécialiste des lectures sur les femmes quittées..non, je ne lis pas que cela.

Quelle histoire différente de la mienne que celle de cette femme Catherine qui a toujours été trompée et a vécu avec cela pendant trente ans. Je ne peux m'empêcher de penser: quelle différence alors, est ce que cela n'a pas été une souffrance continue? N'est elle pas finalement soulagée?

Non, elle souffre. Elle était habituée, le contrat avait toujours été clair. Elle aimait le côté séducteur en lui. Elle aimait être la préférée. Elle fermait les yeux, elle ne cherchait pas d'ailleurs à savoir. Il lui racontait. Elle se sentait à part. Quatre enfants, une écrivain célèbre et reconnue, trente ans.

Et pourtant, il lui dit: "tu ne me regardais plus Catherine".

Il est tombé amoureux d'un regard amoureux sur lui.

Quelques réflexions fortes de ce livre que je note. Il faudra que j'y réfléchisse et que j'y revienne:

- "on prétend que la jalousie naît toujours avec l'amour, mais ne meurt pas avec lui". Non pour moi elle n'est pas née avec l'amour, car je ne pouvais imaginer un amour avec la trahison. J'étais dans mon cocon dans mon déni. Mais cette jalousie tellement forte qui est venue avec ces événments incongrus par leur nouveauté et leur violence, était-elle liée à mon amour pour lui? Je ne pouvais les imaginer ensemble, je ne pouvais supporter de le savoir avec ELLE.  Aujourd'hui encore cela m'étouffe quand je l'apprends par accident. Oui, la jalousie ne meurt pas avec l'amour.

- "le ressentiment a son revers encore plus honteux: l'espoir". Combien de temps ai-je continué à espérer? Est-ce que j'espère encore? Je pensais que le divorce pourrait clore tout cela et mettrait fin à l'espérance. Et pourtant, je ne me sens pas indifférente. Quand je sais que je vais le voir, je me maquille. Dans mes exploits, mes voyages aventureux, n'y a t-il toujours pas une part en moi qui cherche encore à l'éblouir? Est-ce pour qu'il m'aime ou qu'il me regrette? Aujourd'hui je me raccroche au divorce: je n'ai pas fait toute cette procédure pour rien, tout ce chemin, ces efforts pour l'éliminer. D'ailleurs qu'est ce qui a changé? Rien. A ma connaissance, il lui court toujours après. Alors je me raccroche à elle comme à un alibi.

"mon livre, surtout si elle ne le lit pas, sera dans sa vie ce qu'elle même fut dans la mienne: une présence invisible mais partout sensible, un poison dans l'air qu'elle respire". C'est ce qu'elle était oui, présente dans ses pensées à lui, présente par ses SMS. Je voudrais empoisonner son air mais non par mes mots ou mes écrits, mais par ses regrets à lui de sa vie d'avant. Car il peut le dire aujourd'hui, il y a des choses qui lui manquent. Je ne le laisse pas parler. Je ne veux pas le savoir. J'ai peur de quoi? J'ai peur qu'il ne parle pas de moi mais des choses, de l'appartement, des enfants, de nos amis, de nos voyages. Quand elle m'avait parlé elle avait dit qu'elle avait souffert de son "attachement à sa maison". Elle n'avait pas parlé de moi, elle avait nié mon existence,  m'avait ravalée au rang d'élément d'un grand ensemble, sans valeur propre. A quoi bon le laisser parler, puisque la seule chose que je voudrais l'entendre dire il ne peut pas la dire. Je préfère imaginer qu'il le pense, et alors je me dis qu'il ressent la perte. Et alors j'existe, et alors c'est "ma présence à moi qui est partout sensible, et qui est un poison pour elle".

  -  "aujourd'hui encore je me demande à quel moment précis nos routes se sont séparées, quel croisement j'ai manqué"...La première fois qu'il la rencontrée, ce week-end en Bretagne tous les quatre avec les enfants, quand ils sont devenus amants....il y a eu un moment où il s'est passé une étape irréversible..."mais je veux, moi, pouvoir quelque chose! Je préfère me sentir coupable qu'impuissante". Moi aussi j'ai pris toute la responsabilité, parce que je me pensais capable de tout, mais c'était aussi leur nier leur liberté à eux, c'était oublier qu'il y a des choses qui se passent en dehors de nous

- "l'homme de ma vie ne sera pas l'homme de ma vieillesse"...J'avais peur que la mort nous sépare, parfois je serrais son corps pour en profiter, pour bien le sentir réel et vivant. Autre chose nous a séparé. Je voyais notre vie en construction, nous apprendrions ensemble, nous aurions un chemin de vie et de découverte, nous en parlerions plus tard "çà ne te fait pas penser à cela"?  Cela c'était ma vie, mais ne sera pas ma vieillesse. Est-ce que cela me fait peur? Je me dis pour me rassurer, qu'après tout, comme certains déjà autour de moi, je n'aurai sûrement pas de vieillesse.

- "je ne puis aimer celui qui engage sa vie à une femme aussi vulgaire de corps et d'esprit"...Elle a trouvé des lettres que cette femme avait écrites à son mari, et avais trouvé des fautes d'orthographes. Elle l'écrivain célèbre est quittée pour une femme qui ne sait pas écrire. Oui, une histoire de Reine. Oui, son amour pour ELLE, qui avait attisé mon amour pour lui au tout début (car c'était la preuve qu'il existait finalement, il y avait quelque chose d'autre que je n'avais pas vu en lui) a fini par m'éloigner de lui. S'il peut l'aimer elle, alors il n'est pas pour moi.  Elle l'écrivain célèbre, mérite quelqu"un qui sait l'aprécier.

"je lui pardonnais ses fredaines, il me pardonnait mes succès..." Il la fait pleurer, il l'a fait payer..le fait qu'elle ait eu une vie à elle, le fait que c'est elle qu'on reconnait dans la rue....et LUI aussi m'a fait payer, en laissant l'appartement sens dessus dessous quand je rentrais tard, en me laissant ses notes à payer et ses affaires à ranger...quand, après m'avoir reproché mon manque de fragilité, il m'attaque et attend de moi que je sois forte. Oui j'ai racheté sa part d'appartement, et n'était ce pas ce qu'il attendait de moi, comment aurait il réagi si nous avions du mettre Versailles en vente et le céder à des inconnus?

Me perdre

J'étais rentrée tôt à la maison, et le trouvai prostré sur le canapé. Il me regarde affolé et me dit: "j'ai perdu ELLE", comme s'il me demandait de compatir à sa douleur.

Et en ce moment là j'ai pensé, oui, peut-être qu'elle ne veut plus de LUI, peut être que cette histoire est vraiment finie. Mais je n'étais pas apaisée: ce n'était pas fini pour LUI en tous cas.

Mais surtout, j'ai pensé qu'il ne me regardait sûrement pas comme pouvant être perdue par LUI. Je n'étais pas perdable. Je n'étais pas un bien précieux.

Je ne me suis jamais sentie aussi transparente.

C'est peut être sûrement ce jour là où j'ai commencé à baisser les bras, ce jour là où j'ai commencé à me dire que peut être que je me sentirais mieux s'il partait en effet.

Avant je me battais pour le reconquérir ou pour qu'il m'aime. Après, j'ai commencé à voir un autre combat possible: me battre pour qu'il me perde, ou, plus précisément, pour qu'il sente la perte. Parce que si il commençait à sentir la perte, alors cela voulait dire que j'existerais.

Bizarrement je cesse d'avoir envie de LUI. Nous sommes dans le même lit, mais je n'ai plus ce désir que j'avais de nouveau ressenti dans la peur de son départ. Il dit que son appartement est prêt mais il ne part pas tout de suite, comme s'il avait besoin de temps. La nuit, il se serre contre moi. Il annonce que c'est pour mercredi. Il a prévu une derrière soirée ensemble. J'invite des amis. Il ne comprend pas, et il part avant le dîner.

Je sens qu'il a envie de m'appeler, de me parler. Mais pour qu'il me perde il ne doit plus pouvoir me parler. Il voudrait pouvoir venir quand il veut dîner avec nous. Mais ce n'est plus possible. Parfois je me laisse aller et je lui parle: je me me laisse prendre par la tentation de cette oreille attentive. Qui d'autre que lui peut comprendre cet incident avec ma famille, ou comme j'ai aimé ce photographe, ou avoir cette conversation sur un ami commun, ou, tout simplement, sur nos enfants. C'est comme un robinet qui ne demande qu'à s'ouvrir, et que je referme aussitôt. Ce robinet est dangereux pour moi. Et pour lui, il n'y a plus droit. C'est ma résolution, je m'y tiendrai, je serai forte, car c'est à cette condition que je peux exister à ses yeux.

Je le vois guetter mes désarrois, comme s'il attendait ce moment où j'aurais besoin de lui, ou je l'appellerais pour lui demander un service. Est-ce de l'orgueil de sa part? Car il continue à courir après ELLE et ne s'en cache plus. Il l'explique en disant que lui-même ne comprend pas, mais qu'il ne peut pas s'en empêcher. Il me parle comme à une amie, mais je ne veux pas être son amie. Je suis une ancienne amante, et ma dignité c'est justement que nous sommes fachés.

Deux ans plus tard, une de mes amies qui vient d'être quittée par son mari prend un café avec LUI. Elle lui dit comme elle souffre d'avoir perdu en la personne de son mari non seulement un amant mais surtout son meilleur ami.  Il parle de moi, il dit que je ne veux plus le voir, que apparemment cela ne m'a pas côuté de perdre mon meilleur ami à moi. Il ne comprend pas comment j'ai pu le sortir de ma vie comme cela. Elle lui dit qu'elle comprend que je ne lui pardonnerai jamais, comme elle ne pardonnera jamais à son mari de l'avoir trahie.

Ainsi donc il ressent bien qu'il m'a perdue. Je pouvais être perdue moi aussi, ou bien il n'y croit toujours pas..il se dit qu'il gagnera au final.

Il dit qu'il ne comprend pas: c'est qu'il ne mesure pas l'effort que j'ai du faire. Il ne se rend pas encore bien compte de ma force, et combien je lutterai pour qu'il s'avoue vaincu, pour qu'il avoue enfin qu'il m'a perdue

Alors je retrouverai ma dignité.

Une autre reine

Ségolène Royal, François Hollande.

Segolene_hollandeIl avait donc une histoire, de son côté à lui. Cette femme je ne l'aime pas, mais comme je l'admire. Car ses difficultés je les connaissais.

C'est elle qui dans une interview a utilisé ce mot "condescendance", en parlant d'un haut fonctionnaire avec qui elle avait travaillé quand elle était ministre et qui l'avait attaquée. Diable elle a nommé cette attitude a laquelle je suis si souvent confrontée et qui me glace dans mon travail. Cela me paralyse, je deviens comme une petite fille. Ce qui a un nom existe, et grace à elle je peux maintenant identifier ce comportement, le nommer. Alors la faute est sur l'autre, je suis libérée, je peux garder confiance en moi.

Attaquée, ridiculisée, elle s'est nourrie de la force négative des autres pour avancer. Un peu comme au judo on utilise la force de l'ennemi pour se battre. Moi qui peux me décourager, moi qui ai tant de fois peur d'oser, elle me donne l'exemple en me disant qu'il faut y aller quand même, il faut rassembler son courage. C'est un devoir finalement, il faut être là pour défendre les causes auxquelles on croit, les autres comptent sur vous.

Je la vois tellement pleine d'énergie ce soir du débat, où pour la première fois, moi qui ne l'aimais pas physiquement, je la trouve radieuse et belle. Je me dis que cela fait plusieurs mois qu'elle est en campagne, qu'elle a peu dormi, beaucoup voyagé, qu'elle en a pris plein la tête. Et la voilà radieuse, oui, elle est radieuse.

Et voilà que j'apprends qu'elle s'est fait plantée: l'homme qu'elle aimait a  du trouver auprès d'une femme inférieure à elle ce fameux "regard amoureux" dont LUI parlait quand il racontait son histoire avec ELLE.

Je suis sûre qu'il se dit que c'est sa faute à elle, qu'elle ne l'a pas assez aimé. Qu'il ne se sentait plus admiré, car les caméras étaient sur elle. Elle n'avait pas de temps pour lui...

Bref au lieu de l'admirer pour ce qu'elle a fait on lui dit qu'elle n'en a pas fait assez, ce n'est jamais assez bien, quatre enfants, présidente de région, candidate du PS, non, vraiment, elle n'en n'a pas fait assez.

On pense que c'est en étant meilleure à ce qu'on fait qu'on gagne l'amour des autres et bien non. Au contraire on est puni.

Peut être lui a-t-il dit aussi qu'elle n'avait pas besoin de lui. Car elle est forte, et les gens forts ne sentent pas.

Me voilà qui projette mon histoire vous diriez. Cette femme n'a rien à faire de ta compréhension. Elle n'en a rien à faire de cette séparation.

Mais pourtant je sais que ce n'est pas parce qu'on est fort qu'on ne sent pas. Je sais ce que c'est quand on vous quitte pour une femme qui a pris pour différentiateur le fait de ne pas réussir les choses aussi bien que vous. Je sais ce que c'est d'être mise au ban des accusées pour que l'autre puisse se sentir moins coupable. Quand le monde se retouve tout à coup sans dessus dessous, que les repères ont disparu.

Je me sens une reine, car je sais que ce sont les choses qui arrivent aux reines.

Merci!

Juste un petit mot pour vous dire que vos commentaires et les mails que j'ai reçus sur ma dernière note m'ont beaucoup beaucoup touchée. Je n'avais pas écrit depuis tellement longtemps, cela m'a fait vraiment plaisir de savoir que vous pensiez à moi.

Ce jour du 27 Mars a été une déception, mais qu'est ce que j'attendais? Du soulagement peut-être, mais je ne suis pas sortie soulagée du tout.

La partie dans le couloir était cocasse. Cela ressemblait à un couloir de chambre de bonnes, et pas du tout à un tribunal. Il y avait des couples là dans la salle d'attente de fortune. On ne peut s'empêcher de les regarder, d'essayer de reconstituer leur histoire. Se détestent-ils? Peuvent-ils encore se parler? On essaie d'imaginer ce qu'ils se trouvaient. Car après tout ces gens se sont aimés, ils ont cru l'un en l'autre. C'est surprenant de penser que nous sommes tous là pour la même chose, pour mettre fin à nos rêves et nos histoires. Etrange solidarité que celle de l'échec. Nous avons tous un peu honte, nous ne nous regardons pas, nous baissons les yeux et regardons n'importe quoi.

Devant le juge, c'etait comme devant le banquier. Elle a lu la convention, a posé quelques questions. Elle a noté que je gagnais plus que LUI, et que pourtant nous prendrions les dépenses des enfants moitié moitié. Elle voulait etre sure qu'il ne reviendrait pas devant elle pour réclamer.  J'aurais pu lui dire, (mais comment aurais-je pu le dire?) que c'est en partie à cause de l'attention que j'ai porté à ma vie professionnelle qu'il a pensé que je ne l'aimais pas et que je ne l'admirais pas assez.  J'aurais pu dire que justement mon argent il l'a rejeté, pour partir avec une femme qui parce qu'elle n'en avait pas en semblait d'autant plus fragile mystérieuse et attractive. Donc comment aurait-il pu en etre autrement de ce partage? Heureusement il a dit lui meme qu'il ne pouvait en etre autrement, que tout autre accord était impossible. Je n'ai pas eu à parler.

En sortant, nous sommes allés prendre un café, et là tout à coup j'ai eu envie de pleurer. Et j'ai vu qu'il avait le regard mouillé aussi. Mais heureusement, nous avons parlé des enfants, et nous avons trouvé le moyen de nous accrocher pour savoir laquelle de deux activités possibles était la meilleure pour ma fille. Cette discussion m'a énervée, enfin la façon dont il me parlait, donc je lui ai dit merci car cela me remettait bien en mémoire pourquoi nous divorcions, pourquoi çà n'allait plus entre nous.

Nous nous sommes levés, il m'a accompagnée vers le metro,  et j'ai eu envie de pleurer encore. Il m'a offert son épaule, et je me suis blottie dedans, mais elle était étrangère, elle ne faisait plus le même effet qu'avant. Je pensais que c'etait une epaule dont il fallait se mefier car elle faisait du mal aussi. J'avais envie d'arreter, mais il me serrait fort et m'en empêchait. Quel effet me serrer lui faisait il? Est-ce qu'il sentait la meme chose qu'avant? Est-ce qu'il pensait que moi aussi je pouvais lui faire du mal?

Nous avons pris finalement un deuxieme cafe.  et alors il m'a dit qu'il pensait que je devais faire attention pour etre toujours belle, ne plus jamais me laisser aller. Il fallait que je m'aime. Tout allait tellement mieux pour moi et pour les autres quand j'etais belle et que je m'aimais. Il a dit qu'il regrettait de n'avoir pas plus exigé cela de moi. Il a répété plusieurs fois qu'il fallait que je fasse du sport.

Pourquoi tout cela? J'ai du mal a savoir si cet homme me veut du mal ou du bien. Si on lui posait la question il dirait du bien, il voudrait donner l'impression au monde et à lui même qu'il est grand seigneur. Mais y a t il quelqu'un qui est capable de me faire plus de mal que lui? Cet homme a directement accès à ce qu'il y a de plus sensible en moi, il a le pouvoir de me toucher, de trouver là où çà fait mal. Il en use malgré lui, des petites remarques, le fruit de petits agacements, peut etre pour prouver qu'il a encore du pouvoir sur moi. Il faut un enorme bouclier entre moi et lui.

Je ne suis pas soulagée, cette relation finie est au coeur de ma vie. Tant qu'il pourra me toucher encore.

Derniers Moments?

C'est cet après midi.

J'ai toutes ces émotions du passé qui remontent. Les moments où nous avons été tellement heureux se mélangent avec les moments où nous étions insupportables l'un à l'autre. Quand je le croise, au hasard d'un échange d'affaires d'enfants, je suis tiraillée et perdue. ll a encore peut etre le pouvoir de me toucher. Je me méfie de lui comme d'un pestiféré. Je vais le voir cet après midi. Sera t-il triste et ému lui aussi. Oui, bien sûr il le sera. Je n'ai aucun doute là dessus. Et justement, c'est de la que vient ma peur.

J'ai continué ce week-end à vider l'appartement pour les peintres et je retrouve encore des traces,

dimanche soir des cahiers de lui avec des brouillons d'équations partout.

J'ai tout descendu à la poubelle (dans celle avec le couvercle jaune, celle du recyclage, comme çà je me sens moins coupable de jeter des affaires à lui sans lui demander). J'ai déjà tellement de mal à ce qu'il vienne prendre des choses qui ont de la valeur, alors...des cahiers de brouillon.

Son piano est encore là, et j'ai envie qu'il le prenne. Dois je lui mettre déjà toutes les partitions dans les cartons aussi, avec le livre de Michel Serres sur l'histoire des sciences?

J'ai rédigé un long message à un inconnu que j'ai rencontré sur internet. Je lui écris, et il me répond. Je voulais qu'il me donne un petit signe. Après tout, il représente l'inconnu.

Et j'ai besoin de savoir qu'il y aura quelque chose après tout cela. Que je ne fais pas une erreur dramatique de tout jeter, le bébé, et l'eau du bain. J'avais besoin qu'il me donne confiance dans la vie à venir, en me disant ue tout cela est très triste mais est inévitable, cela fait partie de la vie, et il l'a vécu aussi.

Il m'a répondu, il a dit ce que je lui avais demandé.

C'est ma vie nouvelle, il y a un fonds de tristesse, mais aussi de la fierté, et un certain soulagement d'en être arrivée jusque là.

N'est ce pas moi qui lui ai demandé de venir devant ce tribunal? Et pourtant, est-ce que je le voulais vraiment? J'ai utilisé ce tribunal comme une menace, à un moment où je ne le voulais pas vraiment. Je l'ai utilisé aussi comme une méthode coué. Vais-je me sentir libérée en sortant?


LETTRE SIMPLE

C'est rédigé ainsi:

"Madame,

Vous avez présenté une requête en divorce par consentement mutuel. Vous êtes invité (ils ont fait une faute d'orthographe) à vous présenter à l'audience qui se tiendra le:

27 Mars 2007 à Xh00, salle Y, Zème étage - Cabinet ABC

4 boulevard du Palais- Escalier XX

75001 Paris.

Il vous est rappelé que la présence du ou des avocats est obligatoire (Oui, mon avocat sera là. Elle nous représente tous les deux. Elle était mon témoin à mon mariage. La boucle sera bouclée. C'est bizarre, c'est la seule chose qui me rassure. Si elle est là, je me dis qu'il ne peut se passer quelque chose de vraiment horrible) conformément aux dispositions de l'article 1099 du Nouveau Code de Procédure Civile. (Tiens, il y a quelque chose de nouveau là-dedans?)

Fait au Tribunal, le 06 Mars 2007

LE GREFFIER

LETTRE SIMPLE

Quelle drôle de formule, c'est comme s'ils voulaient reformuler de manière rapide quelque chose que je me ressasse depuis trois ans dans tous les sens. C'est comme s'ils voulaient promettre aussi qu'ils ne feront pas de fioritudes, qu'ils essaieront de faire les choses le plus rapidement possible. Un peu comme dans la procédure d'éxécution d'Anne Boleyn: le boureau lui dit qu'il essaiera de faire vite, et elle lui répond: "oui, ne vous inquiétez pas, j'ai un tout petit cou"..

Un livre pour arriver peut etre a comprendre: "Pourquoi les hommes sont lâches" de Gilles d'Ambra

Pourquoi_les_hommes Voilà un livre écrit par un homme, pour aider les femmes. A comprendre, mais aussi à dédramatiser, dédiaboliser, arriver à passer à l'étape suivante.

Cela fait deux ans maintenant que LUI est parti. Cela fait un an que j'ai commencé le blog: j'ai écrit les premiers articles alors que je venais d'arrêter brutalement les anti-dépresseurs. J'ai voulu documenter ce tsunami formidable qui m'avait prise, dépassée, et avait envoyé en éclat tant de choses qui jusque là me structuraient. Il m'avait fallu témoigner et partager avec d'autres.

Le blog faisait partie d'un rassemblement d'énergie qui s'est appliqué à plein d'autres choses, comme la recherche et la découverte d'autres hommes. Des aventures d'un soir pour la plupart, plus pour d'autres. Mais toujours méthodiquement: une exploration de la diversité masculine. Des hommes biens, triés sur le volet, mais ayant tous un point commun: ils avaient trompé leur femme. Un article dans un journal féminin cet été disait: "vous pensez que les hommes sont tous des salauds mais vous ne fréquentez que des salauds, les autres vous semblent mièvres".

Et là vient le bon livre: celui qui me décrit dès le premier chapitre (entre deux hommes) avec mes difficultés, les mêmes que j'observe chez la plupart de mes amies. Je suis actuellement dans le chapitre suivant...des petites clefs pour comprendre, dédramatiser, et me préparer à rentrer dans un monde nouveau que je connais tellement mal...les autres hommes.

Un livre qui peut être m'aidera à m'ouvrir de nouveau, faire confiance, laisser tomber cette colère formidable. Quand j'entrouve la porte aujourd'hui, je sens bien que ce qui est derrière, c'est la tristesse. Puisse ce livre m'aider à passer cette étape...

Mon Versailles à MOI

Versailles J'ai nettoyé l'appartement cette semaine: j'ai vidé les placards. Je le trouve tellement beau. Il est tout ce que j'aime et j'ai toujours voulu: un immeuble ancien plein de charme, dans ce quartier de Paris que j'aime tant. C'est mon quartier préféré. Animé. Le centre de tout. Il est au 5eme, en plein soleil, ces grandes pièces, les meubles que j'ai choisis. Chaque meuble, chaque bibelot, j'y ai longtemps réfléchi.

Cet appartement pour moi, c'est le Versailles décrit dans le film de Sofia Coppola. 

Quand je suis dedans, je me sens comme Marie-Antoinette, comme si j'étais dans un chateau magique, un endroit parfait. J'en profite indûment: je ne paye pas de loyer à LUI sur sa part. J'en profite provisoirement: aurais-je les moyens de racheter sa part, pourrais-je garder Versailles. Ou plutot, quels sacrifices devrai-je faire pour garder Versailles? (arreter les voyages par exemple?).

Quand LUI était encore là, l'appartement était devenu insupportable.  Je me souviens que la femme de ménage avait beau passer, quand je rentrais, tout était déjà sans dessus dessous. Les restes du dîner étaient dans la cuisine, les affaires des enfants trainaient dans le salon. J'avais dit à LUI que j'aimerais qu'il range le dîner: cela l'avait mis hors de LUI. Déjà je rentrais tard, il devait s'occuper seul des enfants, et en plus je critiquais. Une fois, je m'étais même mise à pleurer en rentrant, et il s'était tellement énervé, qu'il avait disparu jusqu'à deux heures du matin. Je n'arrivais pas à le joindre sur son portable, j'étais inquiète. Il m'a dit après qu'il était allé dans un bar, mais sûrement il avait du aller la rejoindre ELLE.  Lui ne supportait pas non plus que je fasse des remontrances aux enfants: comment pouvais-je leur faire des remontrances à eux, exiger d'eux qu'ils desservent la table?

Ce que cela voulait dire, c'est que c'était bien sur à moi qui rentrait, apres ma journée passée au bureau, de ranger ce qu'ils avaient dérangé eux. Je devais bien sur aussi ranger ce que j'avais fait moi: et j'avais mon fort moi aussi, les papiers, les magazines... Mais j'étais responsable aussi de ce qu'ils faisaient eux. Il mange un yaourt, il laisse le yaourt fini sur la table: l'emballage ne va pas à la poubelle, la petite cuiller ne va pas dans la machine à laver. Car il y aura MOI qui passera derrière. Est-ce un moyen de me faire payer l'absence de la journée?

Je me suis demandée pourquoi je détestais rentrer le soir dans mon Versailles sali, pourquoi je faisais parfois exprès de rentrer tard. Ma psy m'a dit que c'est parce que je ne me sentais pas acueillie là-bas. Je me sentais intruse, je savais que je ne trouverais pas la bonne humeur. Un sourire pour m'accueillir, la joie de me savoir rentrée. Après les embouteillages, la recherche d'une place pour me garer, il fallait que je me détende. Alors j'essayais de prendre un journal et lire sur le canape, ou j'allais vider le frigo, debout, de manière boulimique. Tout cela mettait LUI encore plus hors de lui.

Dans les dernieres semaines, j'essayais de rentrer tot, et c'était pour trouver LUI attere sur le canapé, tellement mal. En ces moments là, je l'exaspèrais. Il ne me supportait pas à la maison, il avait l'impression que je l'étouffais. Je n'étais pas la bonne personne.

On aurait pu penser que j'allais détester cet appartement après que LUI soit parti. N'avait il pas été notre enfer? Bizarrement, je me suis attaché à lui encore plus. C'était mon refuge. J'allais me le réapproprier.

J'ai d'abord tout de suite changé le lit. Ce lit ou il m'avait annoncé qu'il était amoureux d' ELLE, où nous avions passés des nuits à discuter, ou je n'arrivais pas à dormir, ou je l'avais attendu quand je le savais avec elle.  Il n'était plus le lit glorieux que nous avions acheté aux US, ou nous avions conçu notre fils, ou nous avions fait l'amour tant de fois. Il était devenu un vieux lit décrépi et mité. Il est parti à la poubelle. Quand ils l'ont emmené, j'ai vu que le dessous était en simple carton. Nous l'avions payé 200 dollars à l'époque.

Je suis allée chez Conran Shop et j'ai achété un grand lit anglais fait main. 1400 ressors. Il prend toute la chambre. Il y a 2 couettes, 4 oreillers, des draps Calvin Klein. J'ai vide le reste de la chambre de son bordel. Elle est devenue zen. Elle est devenue une chambre zen, avec un lit de reine.

Le salon aussi. Des draps en métis recouvrent maintenant le canapé, avec de beaux coussins. Et il y a un grand ecran plasma, et des enceintes fabuleuses a la chaine hifi.

Et la cuisine, avec le nouveau frigo, le nouveau micro-ondes, la machine à expresso...

C'est Versailles. C'est chez moi. Versailles ce week-end était brillant resplendissant. Quand Versailles est beau comme çà on fait attention religieusement à tout ranger, car on a l'impression que ce qu'on peut laisser va alterer ce tableau manifique, cette impression de paix.

Aujourd'hui LUI m'a appelé sur le partage. Il veut que je lui paye un loyer d'occupation à partir du jour où il est parti. Ce jour où il a dit que c'était fini avec ELLE, et qu'il devait s'isoler pour réfléchir. Il partait de manière provisoire...

Il m'a parlé comme si j'étais coupable, coupable d'avoir vécu dans cet appartement qu'il a décidé de quitter, coupable du fait qu'il doive payer un loyer. Il a parlé comme s'il était une victime de la vie dure. Il a aussi parlé du mode de calcul à utiliser, pour savoir combien je dois lui verser pour sa part de Versailles.

Mon dieu j'espere que personne ne pourra jamais toucher à Versailles. Versailles c'est chez MOI.

Parler avec LUI- maintenant

Talk Cela fait bientôt deux ans que la vie sans LUI a commencé, et c’est seulement maintenant qu’il a ces moments ou je retrouve un peu l’ombre de celui qu’il était avant tout cela. Il cherche à me parler. C’est dans un restaurant où il m’invite à déjeuner, un café où il m’invite à prendre un verre. Je ne veux pas y aller : j’ai peur d’entendre des horreurs, j’ai peur de lui dire des horreurs. Je le sens très nerveux. Il insiste. Il dit que me parler va lui faire du bien.

Il parle calmement : il veut partager avec moi des choses nouvelles qu’il a comprises sur NOUS avant : pourquoi çà n’allait plus, pourquoi çà s’est dégradé.

Amusant : moi je réfléchis à la vie sans LUI, et je n’arrive pas à aborder le sujet de NOUS avant, comme si je voulais encore nous protéger, comme si nous étions précieux et sacrés. Lui, il réfléchit sur NOUS avant, et c’est la vie avec ELLE, la vie sans MOI dont il n’arrive pas à parler.

Je l’écoute. Il me parle de LUI, et peu de MOI. Il ne m’accuse plus. Il parle avec maturité, comme quand il parlait avant, quand il parlait avec calme, avec détachement, sans juger. Je le retrouve, même si je me rends compte qu’il est encore mal, et si je sais comme ce dialogue est fragile.

Je ne peux pas lui répondre, j’ai du mal à réfléchir à cette époque.

Dois-je me poser la question de ce que nous aurions du faire pour nous sauver ? J’ai peur des regrets, et puis, cela mènerait à quoi ?

Dois-je au contraire me convaincre que cette vie avec LUI n’était plus la bonne pour MOI ? C’est ce dont j’ai besoin maintenant pour avancer. Mais je ne peux pas en parler avec LUI : cela pourrait lui faire mal et ternir ces souvenirs que je voudrais garder sacrés, ou bien pire encore, il pourrait me convaincre que cette interprétation est fausse, et faire effondrer ces châteaux de cartes fragiles que je me suis construits pour arriver à penser négatif la vie avec LUI.

Pourquoi ce décalage ? Lequel est le plus mûr des deux ? Nous sommes tous les deux en convalescence.

Mais lui essaie de guérir de m’avoir quittée : il essaie de comprendre ce qui n’allait pas, de s’assurer que c’était la bonne décision, de reconstituer ce qui, entre nous, l’a amené à cela. Il essaie aussi de m’expliquer pourquoi il nous a détruits, comme s’il voulait que je comprenne, et que je ne lui en veuille pas trop. Il me demande encore pardon. Il a besoin que je l’écoute parler de çà.

Moi bizarrement je n’ai pas besoin de parler de çà, car ce qui compte pour moi c’est de finaliser son départ, c’est d’accepter qu’il est bien parti. Le voir physiquement me trouble encore : son corps qui est là près de moi je le connais tellement bien, j’ai tellement touché sa peau, je me suis tellement blottie contre lui, je connais sa chaleur, son odeur. C’était ma maison, mon refuge. Et maintenant je dois bien comprendre que ce corps est étranger, que je ne dois à aucun prix le toucher. C’est comme un devoir de protection sanitaire.

J’ai besoin qu’il me parle d’ELLE, et de LUI avec ELLE. Pour la première fois, il le fait.

Il me dit qu’ELLE ne m’aimait pas. Il me dit aussi qu’en fait ce qu’il voulait c’était bien refaire sa vie avec ELLE. Et tout à coup les choses s'éclairent, comme quand on trouve la solution à un mystère et je me dis : s’il m’avait dit tout cela avant, cela m’aurait tellement aidé…..

Un livre qui me comprend: "la fidelite ou l'amour a vif", de Michela Marzano.

Fildelite_ou_amour_a_vif Ce livre est court, clair et formidable. Comme ma psy m'a donne le droit d'etre en colere,  ce livre m'a donne le droit d'etre jalouse. Il explique clairement ce que j'attendais confusement de LUI. C'est comme si on me comprenait, qu'on me disait que je suis normale, et que c'etait legitime apres tout que j'ai ete si decue et enervee.

Il explique d'abord que tous les "etres humains aspirent a vivre dans un monde sur et stable". Ils "souhaitent a peu pres tous pouvoir compter sur les autres". Cette recherche de confiance explique en particulier qu'ils se passent des contrats entre eux en affaires par exemple.

Ouf, j'ai une base normale: ce n'est pas un manque de maturite, ni une volonte malsaine de controle et de possession, ni necessairement un fantasme fusionnel. C'est une simple recherche de calme, de stabilite: des points de repere. Cela concerne toutes les relations: celles du travail, l'amitie, et l'amour.

Compter sur l'autre c'est "rechercher une forme d''authenticite", c'est "creer un espace commun de partage". L'auteur dit meme: ""etre au contact avec soi et etre en relation avec l'autre".  J'aime le mot d'authenticite car il ne signifie pas transparence: on n'a pas a se mettre a nu, mais on est tout simplement vraiment la.  J'aime l'idee de l'espace commun de partage: raconter un moment vecu, une idee nouvelle, en explorer les facettes a deux, appeler des associations qui nous viennent de souvenirs communs. Oui, on est en contact avec soi dans cette relation avec l'autre.

"un rapport qui se développe et évolue à partir de la certitude que c'est avec l'autre que l'on cherche à traverser son propre manque..". Quelle belle definition de l'amour. Ce manque, mon propre manque, c'est ce que je ressens aujourd'hui alors que maintenant je vais normalement bien. Maintenant tout cela est fini et pourtant je ressens ce manque.

Le livre parle de la trahison. Il dit que le mot vient de "tradere" qui veut dire "livrer, abandonner". C'est bien cela, il m'a livrée à elle. Il n'était plus là pour moi au moment ou je traversais une des souffrances les plus intenses de ma vie.  Le livre que pour qu'il y est trahison il faut qu'il y ait un rapport de confiance. C'était mon compagnon, c'était notre contrat, je lui accordais ma confiance. C'était à lui de me prévenir que le contrat n'était plus valide. Le contrat aurait été cassé, j'en aurais souffert, mais je n'aurais pas été trahie. Et lui aurait ete fidele a ce que nous avons ete.

"Les sentiments et attitudes de quelqu'un vis a vis d'un autre peuvent changer, sans que ce changement n'engendre nécessairement la trahison ou encore le mensonge" Cela veut dire que c'était légitime qu'il parte. Je n'ai pas à lui faire la morale parce que finalement il ne voulait plus rester. Par contre je peux lui en vouloir de la façon dont nous nous sommes séparés. Je peux lui en vouloir de m'avoir menti, d'avoir laissé violer notre espace protégé, notre espace de confiance. Je peux lui en vouloir de m'avoir "livrée".

Elle pose alors cette question de l'exclusivité: a-t-on le droit d'exiger cela? N'est ce pas  un "modèle de patriarcat du couple qui réduit l'autre à un objet de possession"? Je me souviens d'un ami qui m'avait corrigée, après que j'ai dit "elle m'a pris mon mec": "il n'est pas à toi". Non, dit-elle: "vouloir être l'amour unique de son compagnon ou de sa compagne, ne signifie pas être celui ou celle qui le comble complètement". L'amour c'est ce "quelque chose de particulier qu'on n'a pas forcément envie de partager avec d'autres". C'était normal de le vouloir pour moi seule. Je n'étais ni égoiste ni horriblement exigeante. C'était un espace magnifique, est espace protégé, inaccessible à d'autres, un espace qu'elle est venue polluer.

Elle parle de cette souffrance de la jalousie: "joindre l'image de la chose aimée aux partie honteuses et aux sécrétions de l'autre". Mon dieu, a-t-elle vécu cela, c'est exactement cela. L'image dégoutante qui me déchirait les nuits ou je le savais aupres d'elle, j'avais l'impression que c'était moi qui était nue contre elle. Les secrétions, son odeur à elle, ses fluides, c'est cela, le dégout complet.

J'avais le droit de ressentir tout cela.

Jeuner pour LUI

Jeuner Il était entre deux femmes. Il allait devoir faire un choix : je nous imaginais toutes les deux dans une vitrine, avec des étiquettes, et bien sûr je nous ai comparées. La première observation était évidente : LUI venait de passer d’un extrême à l’autre : d’une femme en vrai surpoids (j’avais pris tant de kilos toutes ces années) à une femme d’une très grande maigreur, voire anorexique.

Bizarrement, les deux extrêmes se regroupaient sur quelques points communs : nos deux excès étaient tous deux une certaine forme de maltraitance du corps, et nous manquions toutes les deux d’élégance vestimentaire, d’attention à notre apparence.

Une fois, je lui ai demandé : « tu la trouves belle ? ». Il m’a répondu qu’il ne s’était jamais posé la question.

Dès le jour de l’annonce, un samedi matin je crois, j’ai arrêté de me nourrir. Ce n’était pas un régime, c’était un jeûne, une maltraitance nouvelle.. Des légumes à la vapeur au restaurant, des cannettes de protéine liquide en remplacement des repas. Et des séances d’exercices sur des appareils d’entraînement cardiovasculaire.

C’était une protestation, c’était comme une grève de la faim pour dire mon opposition à ce qui se passait, pour lui demander d’arrêter de l’aimer ELLE, pour lui demander de m’aimer MOI.

C’était une preuve matérielle pour le convaincre que je tenais à LUI, que j’étais prête à souffrir pour lui et pour nous sauver. Je pouvais le faire. Alors qu’il m’avait reproché de me focaliser trop sur mon travail, et bien j’allais mettre tout mon focus exclusif sur LUI.

C’était pour le séduire, puisqu’il aimait une femme trop maigre, pour lui rappeler le passé, quand nous nous sommes connus, que j’étais plus mince et qu’il m’a aimée, comme si nous pouvions revenir à ce moment là.

C’était pour attiser sa jalousie, lui faire peur, le menacer : car j’allais être de nouveau belle et moi aussi je pourrais plaire à un autre homme.

C’était radical, extrême, violent : il me fallait un but pour canaliser cette énergie formidable dont je me sentais déborder et qui me faisait le harceler, l’énergie de la colère, l’adrénaline générée pour m’en sortir, trouver une résolution à la situation : le reconquérir ou trouver un autre homme.

C’était pour l’impressionner : lui qui me mettait au paillasson comme une nulle, j’allais lui montrer que je n’étais pas n’importe qui. J’allais faire un exploit, j’allais être la meilleure élève. J’allais forcer son admiration par ma volonté implacable, pour nous sauver, pour le garder, pour qu’il m’aime de nouveau.

A force de tyrannie et de restriction, j’ai perdu vingt kilos en trois mois, presque quatre tailles de vêtements. Je retrouvais le poids de mes 26 ans, celui d’avant mon premier enfant.

Je croyais a cette époque que je pouvais me battre et gagner, et pourtant je sentais bien que nous étions rentrés dans quelque chose d’inéluctable.

Avec le recul, je me dis que mes efforts de l’époque ont eu finalement pour effet principal, en ce qui nous concernait-nous, d’introduire une difficulté et une complexité supplémentaires. 

Car il a commencé à réagir, à me regarder, à suivre de loin l’évolution de mon corps. Je vais le chercher à la gare : il me regarde et me glisse qu’il me trouve jolie. Ce sont des moments de petites victoires, des petites éclipses entre deux moments où il ne pense encore qu’à s’échapper et être ailleurs.

Dans une dispute, il s’écrie : « Tu n’as jamais fait l’effort de maigrir pour moi, et maintenant que je te dis que je te quitte, tu perds 10 kilos en un mois. Mais.. Il ne m’a jamais dit qu’il me quittait, et voilà même maintenant qu’il s’en défend.

Et puis nous recommençons à faire l’amour, après six mois où il me tournait le dos en se couchant. C’est vrai que j’en ai envie, je l’attire vers moi, je l’appelle, je le désire de nouveau. Il n’est plus pour moi la présence évidente et routinière, il est devenu un homme séducteur et aventureux que je veux séduire et conquérir. Lui se laisse faire : est-ce parce qu’il n’ose pas me rejeter ? Ou parce qu’il est troublé par mon nouveau corps ? De mon côté, je commence à aimer mon corps de nouveau, et ma pudeur me laisse faire ce que souvent je lui refusais auparavant. 

Ces moments sont des petites victoires pour moi, comme si j’étais arrivée à lui arracher une partie de sa substance, comme si ce que je prends là on ne pourra plus jamais me l’enlever, comme quand on sait qu’on va mourir et qu’on essaye de profiter des quelques miettes restantes de vie.

Mais la réalité revient quand je le vois souffrir après : il pense à elle ? Il a l’impression de la tromper ? C’est comme s’il voulait préciser : « OK, on fait l’amour, mais je suis engagé avec une autre, et ne crois pas que c’est fini avec elle.

Plusieurs fois il dira que ce n’est pas parce que j’avais grossi qu’il m’a quittée. Et pourtant.. Une fois, je lui lis une phrase du livre zen qui dit : ‘on ne peut pas tout contrôler » : je me sens plus mûre, je commence à envisager le fait qu’il va partir, et voilà qu’il me dit : « mais non tu vois, tu as réussi à changer le cours des choses, en maigrissant.. » !!!

Cet ami commente le désarroi de LUI : « On prend la décision de quitter quelqu’un, et puis voilà que cette personne perd 20 kilos, alors tout à coup les paramètres changent, et çà met tout le plan initial en l’air, c’est très perturbant.

Perturbant pour LUI c’est vrai, mais au fonds, cela ne change rien à notre histoire, cela ne fait que rendre le départ plus compliqué.

Et MOI dans tout çà ? Et bien parfois je croise une glace et je me dis : « ah oui, c’est vrai, cette personne c’est moi maintenant, j’avais oublié, c’est à çà que je ressemble ».  Je suis une étrangère.

Mais tout le monde me regarde, avec un regard frais, étonné... Cela me fait tellement de bien. Le regard de LUI, celui qui me dit que je suis nulle, est remplacé par pleins de regards bienveillants des autres personnes autour de MOI. Un collègue de travail me dit : « Il y a quelque chose de changé…C’est quoi ? » Un autre : « On dirait que tu as vraiment rajeuni ».

Je flotte dans mes vêtements. Je vais chez le tailleur rue d’Artois pour les faire retoucher. Celui-ci,un émigré grec qui me raconte aussi ses déceptions amoureuses, renonce à réajuster une bonne moitié de ce que je lui apporte: je mets cela dans un grand sac et le dépose au secours catholique. Sur le reste, il fait ce qu’il peut, mais j’ai toujours l’air d’être dans un sac. Je ne sais où trouver de nouveaux vêtements, et m’accroche aux sources où je m’habillais avant : le catalogue de la Redoute où l’on trouve toutes les tailles, le magasin Marina Rinaldi pour femmes rondes où je peux encore leur première taille.

Et quand nous annonçons la séparation aux enfants, et que LUI, comme nous en avions convenu auparavant, donne comme raison de son départ « j’aime moins Maman », mon fils de dix ans qui pleure énervé se met à crier : « comment peux-tu dire çà, après tous les efforts que Maman a fait pour maigrir » !


Un nouveau mot: la fidelite?

Fidelite Dans la note "le choix des mots', il y avait "fidele" et "infidele". Des mots que je n'emploie pas. Ils me paraissent vieillots, suranes, convenus. Ils me rappellent la religion: un respect aveugle de regles arbitrairement la, privees de sens, separees de la vie. Car ce qui a du sens c'est aimer quelqu'un, partager avec lui, etre la pour lui.

La fidelite n'est pas un mot pour moi et pourtant je n'ai pas connu physiquement un autre homme pendant vingt ans, et je ne peux supporter la pensee de son corps en contact avec le corps nu de quelqu'un d'autre.

J'avais ete emue par d'autres hommes, plusieurs fois. Des hommes impossibles: des amis, des hommes rencontres au travail. Pourquoi impossibles? D'abord parce que jamais je n'ai ete sure la reciproque: cela etait en soi d'ailleurs une source inepuisable de questionnements, doutes, et emotions supplementaires....Mais aussi parce que je m'etais mise hors course, hors du jeu: j'etais avec LUI, et ma relation avec LUI etait intouchable. Parce qu'il aurait fallu mentir a LUI, toute relation avec un autre aurait ete moche, et aurait perdu tout son objet.

Ces hommes etaient des fantasmes: ils pimentaient mes relations sexuelles avec LUI, ils apportaient le romantisme, comme les videos erotiques font monter le desir. Parfois, ne supportant pas de lui cacher quelque chose, je lui avais confie l'attirance que je ressentais pour un de ces hommes: il avait ecoute d'un air amuse. Je crois qu'il n'y avait vu qu'une variante amusante de l'amitie, ou de la facination qu'on ressent pour quelqu'un que l'on admire.

Quand LUI  m'a dit qu'il etait amoureux d'ELLE, j'ai eu le sentiment de comprendre. N'etait-ce pas finalement ce que j'avais deja vecu moi? Mais alors, pourquoi eux avaient ils franchi le pas des relations sexuelles? Cela me semblait incomprehensible, inutile. Mais il dit que ce n'est pas pareil: dans mon cas a moi, ce n'etait pas reciproque....Non seulement il ne repondait pas a mon interrogation, mais voila qu'il saccageait aussi bien inutilement mes anciens fantasmes.

Je comprenais qu'il puisse avoir de l'emotion pour quelqu'un d'autre. Et bien sur je ne croyais pas a une regle qui l'obligerait a m'aimer. Je ne pouvais me concevoir proprietaire de LUI, je le pensais necessairement libre de m'aimer, de me choisir. Ce concept de fidelite n'avait pas de sens pour moi, tout comme le lien du mariage, ou de la morale.

Dire que je comprenais entierement son emotion pour ELLE est un peu faux. J'etais prete surtout a l'imaginer comme une attirance mineure, sans aucun rapport avec le lien fondamental entre LUI et moi. Et dire que j'etais prete...: LUI en contact avec son corps a ELLE, son sexe, ses secretions..cela me degoutait completement, ces images etaient tout bonnement insupportables.

Non, ce que je comprenais pas, c'est que cette histoire ne s'inserait nulle part dans mon schema de ma relation avec LUI. Cela attaquait mes structures de base, les fondamentaux de ce que je croyais depuis des annees sur LUI et MOI. Or je m'appuyais sur ces fondamentaux, j'en avais besoin pour vivre.

Pendant les mois qui ont suivi, j'ai tourne en rond la dessus: n'etait ce pas une erreur de ma part a moi d'avoir cru en cette relation "fusionnelle" de moi avec LUI. J'etais dans l'erreur d'avoir compte sur LUI: on est toujours seul.

Puis j'ai lu ce livre sur la fidelite qui m'a permis de remettre les choses en place. Ce sera l'objet de ma prochaine note.

Une histoire comme la mienne: "la femme de Gilles"

Femmes_de_gille

C'est une histoire comme la mienne. La femme est jouée par Emmanuelle Devos. ELLE n'est pas une amie, c'est bien pire: c'est sa jeune soeur, c'est son propre sang qui lui fait du mal. ELLE est jouée par Laura Smet.

Douleur du doute: periode que je n'ai pas vraiment connue. Elle sait. Et moi, je savais? Moi j'ai été lâche car j'ai nié, j'ai refusé l'idée.

Elle est tellement plus courageuse que je n'ai été.

Elle prend tout sur elle, comme si ses propres sentiments à elle n'existaient pas.  Moi je n'ai pas pris sur moi: j'ai dit ma douleur, je l'ai criée. Mais finalement, je n'ai pas l'impression que ma douleur avait le droit d'exister non plus: c'était plus un boulet, j'étais une empêcheuse de tourner en rond, il y avait même le risque que ma douleur...lui fasse du mal à ELLE?

Elle le voit souffrir de la passion qu'il porte à une autre. Comme ce malheureux soir où en pleurant sur le canapé, il m'a confié qu'il "l'avait perdue".  Cette expression qui m'a tournée dans la tête tant de fois, car c'était comme si moi ce ne serait pas un problème de me perdre.

La scène où elle dit à ELLE sa soeur qu'elle sait. Et ELLE lui crie et l'accuse avec un regard de haine: "Et tu n'aurais pas pu tenir ton mari?". !! Les bras vous en tombent, c'est presque le coup ultime, la négation de ses sentiments, de son droit de sentir, de souffrir. Elle n'a même plus le droit non plus d'être victime, d'être en colère, qu'on soit gênée vis à vis d'elle, qu'on lui demande pardon.

Jusqu'au moment où cela devient carrément trop lourd d'exister...

Mon Dieu comment ont-ils fait pour rendre tout cela si parfaitement?

Lien pour le Site officiel du film

Une chanson de Veronique Sanson

Sanson02  Cette chanson de Veronique Sanson s'appelle "Le temps est assassin". Elle parle de la déception, de la douleur de voir une histoire finir, une histoire en laquelle on a cru, qu'on pensait différente de celles de autres gens: "quand l'amour le plus fou de la terre se débat dans une odeur de fin". Puis elle dit qu'elle n'y croit plus, ou plus précisément, qu'elle se refuse à croire de nouveau de peur d'être déçue encore: "et amoureuse, j'ai peur de l'être". Mais finalement, et c'est enfoui encore tout au fonds, elle ne peut s'empêcher d'y croire encore: "et encore et toujours je veux vouloir aimer". J'adore cette chanson.

Quand l'amour le plus fou de la terre
Se débat dans une odeur de fin

Je dis qu'c'est ça la vraie misère
Je dis qu'le temps est assassin.
Et j'veux plus rien...
J'veux plus rien...


J'veux plus d'amour, même fidèle.
J'veux plus d'amour, même si j'étais celle
Qui regardait, tendre et cruelle
Fâner les amoureux quand j'étais belle.

J'veux plus d'amour, monsieur,
J'ai brûlé mes maîtres

Et amoureuse, j'ai peur de l'être
Pour avoir vu, sombre et cruelle
Fâner ces merveilleux faiseurs de rêves
Et mourir mes tendresses déçues.

...

Et j'aurai beau tout faire et refaire,
Je serai seule et sans repères :
Pour moi c'est ça la vraie misère
Je dis qu'le temps est assassin.
Et j'veux plus rien...
Non : j'veux plus rien du tout...
...
Et pourtant, comme toujours, j'me dis "Allez, allez !
Je suis bien trop forte pour en avoir assez."
Et encore et toujours je veux vouloir aimer
,
Je veux vouloir aimer.

Les paroles completes de la chanson

Penser NEGATIF la vie avec LUI

Stop_1 Quand LUI m'a annonce pour ELLE, il a dit comme tous ces longs derniers mois il ne se sentait plus heureux. Moi j'ai protesté, j'ai évoqué au contraire nos meilleurs moments: j'ai dit que c'était ces moments-là qui étaient notre vérité à nous, pas les moments de ces derniers mois. Je me suis accrochée à LUI comme si notre relation était idéale, je me suis mise à l'aimer encore plus, et le sentir se détacher n'en a été finalement que plus douloureux.

Un ami m'a donné ce conseil pour m'aider à supporter la douleur: il a dit qu'il fallait "penser NEGATIF". Penser négatif, c'est prendre conscience 1/ que ces derniers longs mois étaient aussi une vérité de notre relation 2/ que finalement je l'ai nié mais j'étais mal moi aussi.

Là où j'étais le plus mal je crois ce sont tous ces petits instants où j'avais l'impression de l'exasperer.  "Comment peut on se tromper de route", ou "comment peux-tu demander aux enfants qu'ils t'aident à débarrasser la table, ou qu'ils débarrassent leurs jouets du salon?".  L'assiette sale que l'on depose dans l'évier plutot que de la mettre dans la machine, comme si la tâche ultime m'était définitivement attribuée. Le dos qu'on me tourne dans le lit en se couchant.   Un geste d'enervement et de mépris devant une amie car je l'interromps dans le feu d'un récit.  Ou bien la certitude de savoir que quand je rentrerai ce soir du travail, la maison sera déjà sans dessus dessous,  il ne marquera aucune joie de me voir, au contraire, il me regardera d'un air énervé parce que je rentre trop tard. Et c'est vrai.... que je n'avais plus envie de rentrer.

Toutes ces petites épingles. On ne s'en rend pas compte, car on ne connait plus la vie sans.  S'habituer à ce que l'autre soit exaspéré par soi, c'est s'habituer à ne plus mériter le respect des autres, c'est s'habituer à ne plus s'aimer soi.

Quand il est parti, c'est parti avec LUI. Je me suis habituée de nouveau à ce que les gens me parlent avec gentillesse, avec respect comme si j'étais une personne normale. Quand je rentre le soir, je sais que les enfants vont me saluer avec gentillesse (ils sont contents que je rentre), que la maison sera propre. J'ai vraiment envie de rentrer. Quand je fais une étourderie, les autres en rient autour de moi, comme cela se doit: c'est un accident de la vie.

Penser NEGATIF la vie avec LUI, Penser POSITIF la vie sans LUI.

Qu'est ce que l'amour finalement?

Une_vie_franaise Extrait de "Une vie française" de Jean-Paul Dubois

"Je tenais l'amour pour une sorte de croyance, une forme de religion à visage humain. Au lieu de croire en Dieu, on avait foi en l'autre, mais l'autre, justement, n'existait pas davantage que Dieu. L'autre n'était en effet que le reflet trompeur de soi-même, le miroir chargé d'apaiser la terreur d'une insondable solitude..(..)..L'amour est un de ces sentiments sophistiqués que nous avons appris à développer. Il fait partie des divertissements opiacés qui nous aident à patienter en attendant la mort".

Est-ce que je pense cela aussi? Que cette foi que j'avais en lui était une forme de religion artificielle? Oui je le pense maintenant. Le reflet trompeur de moi-même? Non, j'ai aimé quand je le sentais différent, mais quand je le sentais m'entrainer moi, pas quand je le sentais trainer. L'amour divertissement opiacé? Oui, et j'en aimerais plein encore, mais pas pour patienter en attendant la mort. Je n'ai pas besoin de patienter. Je veux profiter de chaque seconde qui reste et la sentir au maximum.

Ceci étant, ce livre m'a vraiment touchée, me rappelant tellement de choses familieres, vraies, j'aimerais ecrire comme cela. Pour ceux qui aiment aussi les romans de Richard Russo.

La colere: un droit qui fait du bien

Ours_colere Dans les premiers jours j'ai pense: je lui pardonne tout, on efface, on varecommencer. Mais cela ne s'est pas passe comme çà ( Voir note sur ultimatum). Il aurait fallu qu'il la quitte..et même alors??

Puis il y a eu cette période (voir note sur "la vie avec ELLE"), où j'aurais voulu le reconquérir,  où je voulais lui donner envie d'être avec moi. J'essayais de vivre au présent, de ne pas laisser nos instants ensembles être pourris par le passé. Et pourtant dès que je sentais sa présence à elle, je perdais le contrôle de moi. Je disais ou faisais alors ce qu'il ne fallait pas.  Ces crises tellement fortes, elles se déclenchent encore aujourd'hui quand je reçois par hasard une bribe d'information sur un moment où ils ont été ensembles.

Une réflexion sur la colère comme un droit, pourquoi?

Parce que c'est un droit que je me refusais moi: je ne m'aime pas en colère, j'ai honte. Je criais, pleurais, disais des choses méchantes. Non, ce n'est pas comme çà que je voulais être. D'abord parce que je savais bien que cela ne pouvait que saboter ma stratégie de reconquête. Et même après que j'ai compris que je n'y arriverais pas, je voulais paraître digne, au dessus de tout cela. Mon livre zen, qui était mon livre de chevet, me disait bien qu'il ne fallait pas être en colère.

Aujourd'hui j'ai compris que me refuser ma colère, mon droit à la souffrance, c'était me faire une violence supplémentaire. C'est normal d'avoir mal, et c'est normal d'être en colère contre ceux qui vous ont fait, ou vous font mal, tout simplement.

Parce que ensuite LUI m'a tellement reprochée d'être en colère, comme si ce n'était pas bien ou pas normal, comme si ce n'était pas un droit:

-  En me disant d'abord que tout ce qui c'était passé était ma faute: et j'ai accepté en effet vaillamment toute la responsabilité en effet au début...

-  Puis en me rendant responsable de sa souffrance: il ne pouvait supporter de m'avoir fait mal.  Mais, et je l'ai compris seulement très récemment, c'est lui qui devait prendre la charge de sa peine, pas moi. J'étais débordée par la mienne, et il ne me demandait rien d'autre que de la nier ou l'etouffer, pour que lui soit bien. Il pensait à lui, pas à moi.

- Ensuite parce que ma colère "l'empêchait d'être heureux", que ce soit avec elle ou avec moi. Comme si j'avais la responsabilité moi de lui assurer son bonheur avec elle?

- Récemment encore, il parlait de ma colère comme quelque chose qui l'a empêché à plusieurs reprises de revenir vers moi.   Revenir vers moi, mais il n'a jamais essayé de la quitter, donc revenir vers moi pour quelque chose comme la "vie avec ELLE"? Une vie qu'il savait était tellement horrible pour moi?

- Récemment encore,  il me dit qu'il ne comprend pas qu'après tous ces mois j'en sois toujours là sur ma colère contre ELLE: comme si on avait peut être le droit à la colère, mais seulement pour une période limitée. Après, il y aurait prescription.

Ce droit, c'est un droit qui fait du bien. C'est un droit qui me permet de dire qu'on m'a fait du mal, que j'ai subi un préjudice. Je comprends que j'ai de la douleur, que je veux m'éloigner de ceux qui m'ont fait, ou me font encore mal.  La colère me permet de les rejeter, et me protéger pour le moment. Elle me donne une dignité: celle d'une personne en droit d'avoir des émotions, sans avoir à les nier, les cacher, les mettre sous le tapis pour le confort des autres.

Il ne s'agit pas de faire la morale à d'autres. Il s'agit d'exister soi, en tant que personne qui ressent.

Ai lu il y a quelques années un livre sur la colère et le pardon, dont je parlerai un jour. Ce livre explique les effets potentiels négatifs à long terme de la colère: elle a des coûts. Mais pour l'instant, elle fait du bien...elle me permet d'entrer dans la phase de séparation.

Un petit mot de soutien aux femmes politiques

Angela_merkel Angela Merkel vient d'etre nommee chancelier en Allemagne (Voir le Monde). Oui c'est une ultra-liberale, mais cela fait tellement de bien pourtant. Dans ce pays ou il n'y a pas de creche, pas de cantine à l'ecole, ou les horaires de scolarite varient tous les jours de telle manière qu'il est impossible de s'organiser. Une de mes collègues allemandes avait eu une fois un petit "comité d'accueil" à l'ecole: d'autres mères tenaient à lui faire remarquer comme c'était une honte qu'elle travaille...

Alors félicitations à Angela Merkel, et un petit mot de soutien aussi a Segolène Royal.

Segolene_royal Elle a eu le courage de parler de sa possible candidature à la présidentielle: elle savait sûrement qu'elle allait s'en prendre plein la tête (Article "chiennes de garde": quand socialo rime avec macho).

Et peut-être, ironie, l'a-t-elle fait justement pour cela: cela permet à ce qui n'est jamais dit mais pensé, d'être soudain exposé, mis à découvert.  Elle doit être fière d'avoir poussé ces membres du "petit club" des gros élephants à trahir  leurs petites pensées ringardes et dépassées.  Bravo pour ce courage.

Je me souviens en math sup, j'ai dit: "je suis ici parce que je voudrais faire polytechnique et le MIT". Et mon interlocuteur a eclaté de rire. Plus tard, je suis rentrée du premier coup à polytechnique, ma candidature a été acceptée au MIT, et pourtant j'ai encore aujourd'hui l'impression d'être une imposture, et le souvenir de ce rire de math sup me glace encore le sang.

J'ai entendu dire qu'un sondage avait placé Ségolène Royal comme la deuxieme meilleure candidate pour rassembler la gauche.... Merci aux sondés. Merci à Polytechnique. Bravo encore et merci Ségolène Royal. Article Nouvel Obs sur sondage

LUI et MOI selon ELLE : ma rencontre avec ELLE peu de temps après qu’il m’ait dit pour eux.

Ange

Une de mes premières réactions, après qu’il m’aura dit pour EUX, fut le dégoût physique (je l’imaginais toute nue, toute maigre, dans toutes les positions, avec LUI, avec moi..). Et bien sûr la colère. En était-ce vraiment une pourtant, une vraie ? Car il y avait aussi, comme une peur panique : j’avais peur de la rencontrer dans la rue, je la voyais partout, je me cachais à l’école en accompagnant mon fils le matin.  LUI disait : « c’est ridicule . »

Il y a eu une question à régler à propos de nos deux enfants qui étaient amis. LUI voulait que j’appelle moi. C’était une erreur. Je l’ai fait.  Elle m’attendait à l’école, elle a voulu aller boire un café.

Bizarrement, elle pleurait, et moi pas.  Je devais me sentir forte face à elle, et pourtant, je venais encore me mettre à sa disposition, sous son contrôle, et je ne me suis pas du tout protégée encore. Et elle, voulait-elle me faire mal ? Elle pleurait de son inconfort à elle, elle pensait à elle. Elle ne pensait pas à moi, sinon j'imagine qu'elle aurait compris le mal qu'elle était en train de me faire. Ses petites phrases ont tourné dans ma tête depuis des milliers de fois, comme ces petits poignards volants chinois.

Elle a parlé avec cette assurance de la femme aimée : elle était la femme légitime. Mes 19 ans avec lui, notre maison, nos enfants, nos amis, nos souvenirs : j’étais maintenant une personne extérieure. Elle m’a dit que ce qu’il y avait entre moi et LUI, ce n’était plus de l’amour : elle a parlé de la relation d’affection entre elle et son ex-lui à elle, pour expliquer comment ce serait entre moi et lui désormais.  Je me rappelle avoir protesté que ce n’était pas vrai car je l’aimais : je me suis débattue dans les justifications comme on s’enfonce dans des sables mouvants. 

Je n’ai pas compris ce qu’elle voulait : pas qu’il parte,  car il serait "trop malheureux". Elle n'a pas parlé de son attachement à moi mais de son attachement à « sa maison »  (comme si moi j’étais un meuble dedans ?). Et pour preuve sur cet attachement: « j’en ai tellement souffert moi ». Comment pouvait-elle revendiquer cette souffrance comme légitime, elle que j'avais accueillie justement dans cette « maison » comme une amie, notre maison à nous, à lui, à moi, aux enfants?

Puis elle a dit que cela était arrivé parce qu’ils étaient « seuls » et qu’ils avaient eu « besoin de bras » (mais mes bras à moi n’étaient ils pas là pour lui ?). Qu’il fallait l’écouter, car il « commençait juste à pouvoir parler » (mais pourquoi ne m’avait il pas parlé avant, moi qui croyait que j'étais sa meilleure amie ?).

J’ai pris tout de plein fouet : c’étaient des rapports non protégés. C’était la continuation de nos rôles respectifs : elle était la personne qui savait comprendre, moi pas, je venais lui demander conseil. Ma faim de comprendre aussi : elle avait des infos sur LUI que je n’avais pas, car il ne parlait pas. L’humilité imposée : elle avait quelque chose que je n’avais pas, puisqu’il la préférait à moi.

Ma faute à moi allait au-delà de mon rapport avec LUI, car nous avons parlé de mon fils. "Il est en manque de toi". J'étais une femme ratée, et aussi une mère ratée.

Je lui en ai longtemps voulu de m’avoir fait tant de mal ce jour là : car dans ma tête j’ai pris toute la responsabilité. Mais je suis arrivée à la conclusion que sa manipulation était inconsciente : elle était tout bonnement une psychologue apprentie et amateur, elle était tout bonnement une incompétente, je l'avais complètement surestimée. On m’a dit aussi que décharger la responsabilité sur l’autre pour gérer sa culpabilité est un comportement banal, que çà a même  un nom en psychanalyse, et que c’est en effet inconscient. Mais je crois que je lui en veux toujours car elle savait que j’étais vulnérable : si elle avait vraiment été celle que je croyais, elle aurait été grand seigneur, elle aurait été assez forte pour m’épargner.

Pour moi, ce n’était que l’aboutissement de l’absence totale d’instinct de conservation dont j’avais fait preuve jusque là (voir note). Une amie qui a lu ma note m’a parlé des lionnes qui protègent leurs petits, leur foyer, à l’approche d’une menace. J’ai été une très mauvaise lionne.

A la fin, elle a parlé de leur amour, comme si c’était quelque chose de « surnaturel », qui leur était tombé sur la tête à tous les deux. Et puis, devant sentir la culpabilité devenir insupportable, elle a proposé de « disparaître », mais en ajoutant que comme cela « il ne pourrait plus la poursuivre et la trouver ». Et elle m’a fait tellement de mal en disant cela.

Je l’ai quittée en l’embrassant, et une heure après je l’ai appelée en la remerciant et en lui disant que j’allais mieux: je ne comprends toujours pas aujourd'hui comment j'ai pu ressentir cela, alors que cette conversation n’a cessé de me tourmenter depuis.

Mais il n'y avait pas eu le pire: LUI m’a appelé dans l’après-midi. Il était furieux. Elle ne voulait plus lui parler. Il parlait comme un fou, il était désespéré : « mais que lui as-tu dit ? ». Et moi de raconter, accusée comme une petite fille qui avait fait une faute, un trouble-fête dans leur relation. En position de me justifier...pour m'en être pris plein la tête. Ma peine n'avait pas d'importance, j'étais la chose nuisible.

Cela a du s’arranger rapidement. Car le lendemain il me laissait en plan pour partir passer la soirée avec elle. C’était le vrai commencement de « la vie avec ELLE » (voir note).

Une chanson de Françoise Hardy

Franoise_hardy_1 C'est un disque de Françoise Hardy que nous avions acheté aux Etats-Unis. Une compilation qui s'appelle "Love Songs".  Elles me touchent comme celles écrites par Barbara et par Veronique Sanson. Des chansons d'amour écrites par une femme.

Cete histoire n'est pas la mienne. LUI (je ne pense pas) ne courrait pas comme cela. Nous avons eu une crise. Mais cette chanson me touche de plusieurs manieres.

J'aime ce contraste: "même si l'amour vit des peines qu'on lui fait" au début, puis à la fin de la chanson "même si l'amour meurt des peines qu'on lui fait".  Car c'est ce que j'ai vécu des effets de la peine: elle fait qu'on sent encore plus l'amour au début. Et puis avec le temps, la lassitude, la peine détruit. A tel point que je ne peux plus le voir aujourd'hui.

J'aime "mais il ne voudrait surement pas lui faire de la peine": comment peut-on penser cela? quand on sait qu'on fait de la peine, en être désolé et dire que l'on ne voulait pas cela, mais continuer pourtant?

Même si ce n'est pas mon histoire, c'est l'histoire d'une femme que j'ai rencontrée. Plein d'infidélités, visibles, et puis des lavages de cerveau: comme si c'était anormal de le vouloir lui pour elle toute seule...

Voila quelques extraits des paroles de la chanson:  "Je n'aime pas ce qu'il dit". Les paroles sont de Françoise Hardy (1974). Trouver les paroles complètes

il dit qu'il tient à elle
mais qu'il n'est pas fidèle..
que les amours d'un jour
font la journée plus belle
et qu'elles rendent le corps

et le cœur plus léger..
il dit qu'il prend tout ce qui vient
il l'oublie mieux après

mais il ne voudrait sûrement pas
lui faire de la peine
même si l'amour vit des peines qu'on lui fait
même si l'amour vit des peines qu'on lui fait

il dit qu'il tient à elle
mais qu'il n'est pas fidèle

et qu'il n'est sûr de rien
sauf du passage du temps
que ses amours d'un jour
font sa journée plus belle
et qu'elles l'éloignent d'elle
tout en l'en rapprochant
il dit qu'il prend tout ce qui vient

il l'oublie mieux après
mais il ne voudrait sûrement pas
lui faire de la peine

même si l'amour meurt des peines qu'on lui fait
même si l'amour meurt des peines qu'on lui fait

ELLE ou MOI: la question de l'ultimatum

Ultimatum2 J’avais vu ce film de Noemie Lvovsky, "Les Sentiments". Quand un des personnages apprend que sa femme l’a trompé, il part fou de colère. Et elle le poursuit en le suppliant. Et elle pleure, lui demande de lui pardonner. Et quand le mari accepte enfin, et que l'amant désespèré demande à la voir, elle refuse, de peur de mettre en péril l’amorce de confiance retrouvée.

Quand il m’a annoncé pour ELLE, cela ne s’est pas passé comme çà. Je ne suis pas partie, je ne lui ai pas demandé de partir: au contraire, il me parlait, me confiait sa souffrance, je le retrouvais. Je devais penser que maintenant les choses s’arrangeraient, puisqu’il était LUI de nouveau. Je pensais qu’il allait la quitter ?

Je ne lui ai pas demande de partir.  Il n’a pas envisagé du tout je crois de la quitter.

La longue torture de la vie avec ELLE a commencé. L’horreur absolue.

Il y a ces moments où je le savais avec elle, et où j’ai pensé fermer la porte pour qu’il ne puisse pas rentrer. Je l'imaginais en train de tambouriner à la porte. Mais j’en étais incapable, je voulais qu’il rentre, qu’il soit là, à la maison. Et je ne saurais quoi dire aux enfants.

Nous étions en Juillet. Je me disais : cela doit être réglé avant la fin des vacances, je ne pourrai jamais tenir après. Mes amis me regardaient très perplexes : « mais tu sais il est très attaché à elle, cela va prendre du temps.. » Plusieurs mois ? Mais je ne pouvais plus dormir, plus travailler, plus penser à autre chose?? Voir note sur "ma vie avec ELLE"

Alors évidemment s’est posée la question de l’ultimatum.

Tellement tentant : c’est ELLE ou MOI. Car je n’avais aucun doute que ce serait moi.. il resterait pour les enfants.. Mais je savais aussi qu’il penserait à elle tout le temps.. je ne pourrai pas le supporter. Non, il ne serait pas vraiment là.

Il pouvait aussi partir.. oui, il partirait peut être.

Il y avait une amie a moi qui me racontait qu’elle avait dit çà à son LUI à elle. Il faut dire qu’il n’y était pas allé de main morte : il lui avait dit « je veux passer la semaine avec toi, et le week-end chez elle ». Elle avait refusé, il était parti. Elle n’avait aucun regret sur sa décision. Mais elle a dit aussi : « la douleur ne s’arrête pas parce qu’il part, je pleurais les nuits dans mon lit, et cela a duré un certain temps ».

Un psychiatre me confirme : une fois qu’on a forcé l’autre à partir, on peut regretter, et la peine est très forte, on se dit que c’est de sa faute à soi s’il est parti.

Ainsi donc l’ultimatum ne permettrait pas de mettre fin à la douleur.

J’ai pensé à ces nuits à venir, ces nuits ou je regretterais de l’avoir mis dehors, car je savais que s’il partait, il ne reviendrait jamais. Je me disais : « c’est lui qui doit porter la décision du départ, pas moi ». Je ne pourrai pas porter cela.

Le même psychiatre me dit : « vous ne pouvez pas manipuler les autres, par contre, vous pouvez vous donnez des échéances à vous, des ultimatums à vous. Vous pouvez vous dire : je supporterais la souffrance jusqu’à tel moment, et après je refuserai de la supporter ». Une vue rassurante ma foi : il y aurait une fin.

Je me suis dit que j’allais me fixer un ultimatum à moi. Le moment où je n’en pourrais plus (mais comment être sure ?) ? L’anniversaire de mes 40 ans (6 mois à venir ?). Je me souvenais de la grande fête que ma mère avait organisée pour